Livre 4.30
XXX. Quelquefois même, je l'avoue, j’accorderai certaines choses à qui n’en serait pas digne, en considération d’autres hommes, comme dans la poursuite des honneurs souvent la noblesse d’un infâme est préférée au mérite sans nom. Ce n’est pas sans raison qu’on a consacré la mémoire des grandes vertus, et plus de gens sont heureux de bien faire, si la reconnaissance du bien ne meurt pas avec eux. Qui a fait consul le fils de Cicéron, si ce n’est le nom de son père ? Qui fit naguère passer d’un camp hostile à la même dignité et Cinna, et Sextus Pompée, et les autres Pompée, sinon la grandeur d’un seul homme, grandeur telle que sa chute même élevait encore assez haut tous les siens19 ? Tout récemment Fabius Persicus, dont même les bouches impures évitaient le baiser, à qui dut-il d’être promu au sacerdoce dans plus d’un collège, sinon à ce Verrucosus, à cet Allobrogicus et à ces trois cents qui, pour sauver la république, opposèrent une seule famille à l’invasion de l’ennemi ? C’est notre dette envers toute vertu que de la révérer vivante et après même qu’elle a disparu de nos yeux. Comme elle s’est efforcée non-seulement d’être utile à l’âge contemporain, mais d’étendre ses services jusque dans ceux où elle ne serait plus, que de même notre gratitude ne se borne pas à une seule génération. Cet homme a donné le jour à de grands citoyens : nos bienfaits lui sont dus ; quel qu’il puisse être, il mérite par ses fils. Cet autre est issu d’illustres aïeux : quel qu’il soit, laissons-le s’asseoir à l’ombre de leurs noms. Comme les lieux les moins purs rayonnent alors qu’ils reflètent le soleil, il est bon que d’obscurs neveux tirent quelque éclat de leurs ancêtres.