Livre 4.29
XXIX. « Ainsi, poursuit-on, vous ne lui donnerez pas même un conseil dans ses perplexités, ni ne lui permettrez de puiser de l’eau, ni ne lui montrerez sa route s’il s’égare ; ou bien vous vous prêterez à cela, mais vous ne lui ferez aucun don. » Distinguons ici, ou du moins tâchons de distinguer. Un bienfait est une œuvre utile, mais toute œuvre utile n’est pas un bienfait. Il est des choses de si mince valeur que la qualification de bienfait ne saurait leur appartenir. Il faut deux conditions pour le constituer. D’abord la grandeur de l’objet, car il en est de trop petits pour atteindre à un pareil titre. A-t-on jamais appelé bienfait un morceau de pain, une vile pièce de cuivre, la permission d’allumer du feu, choses néanmoins plus utiles parfois que les plus grands dons ? Leur peu de valeur intrinsèque, même quand la circonstance en faisait des nécessités, leur ôte tout mérite. La seconde condition, et la plus essentielle, c’est que le bienfait s’opère à l’intention de celui-là même auquel je veux qu’il parvienne, que je l’en juge digne, que je donne de bon cœur, que j’éprouve de la joie à donner. Rien de tout cela dans les actes indifférents dont je viens de parler. Car nous n’y voyons pas des tributs offerts au mérite, mais des bagatelles qu’on laisse prendre : ce n’est pas à l’homme que nous donnons, c’est à l’humanité.