Livre 4.24
XXIV. Bien que ces merveilles soient pour nous de la première utilité, et absolument nécessaires à la vie, leur majesté toutefois s’empare exclusivement de la pensée ; il en est de même de toute vertu, et notamment de la reconnaissance, dont les avantages sont grands, mais qui ne prétend pas qu’on l’aime à ce titre : elle a en elle quelque chose de plus noble, et c’est peu la comprendre que de la mettre au rang des choses utiles. Est-on reconnaissant par intérêt ? On ne l’est alors qu’en proportion de cet intérêt même. La vertu n’admet point d’amant au cœur sordide : n’ayons pas de bourse à remplir si nous venons à elle. L’ingrat se dit : « Je voulais m’acquitter ; mais je crains la dépense, je crains les risques, j’appréhende d’être mal venu : agissons plutôt selon ma convenance. » Le même principe ne peut faire l’homme reconnaissant et l’ingrat. Comme leurs œuvres sont diverses, leurs mobiles le sont également. L’un est ingrat en dépit du devoir, parce que tel est son intérêt : l’autre est reconnaissant malgré son intérêt, parce que tel est son devoir.