Livre 4.2
II. Ici nous avons à combattre les épicuriens, voluptueux qui vivent à l’ombre de leurs jardins, philosophes de table chez qui la vertu n’est que le ministre des voluptés. Elle leur obéit, elle les sert, elle les voit au-dessus d’elle. « Il n’est, disent-ils, point de volupté sans vertu. » Pourquoi vient-elle avant la vertu ? Ne crois pas qu’il y ait là simple dispute de rang : le principe tout entier et son autorité sont en cause. Ce n’est plus la vertu, si elle se résigne à suivre. Le premier rôle lui appartient : à elle à conduire, à commander, à se tenir au poste le plus élevé ; et vous voulez qu’elle prenne le mot d’ordre ! « Mais, répliquent-ils, que vous importe ? Comme vous je nie que le bonheur puisse exister sans la vertu. Cette même volupté, dont je me fais le suivant et l’esclave, sans la vertu je la réprouve et la condamne. Rien qu’un point nous divise : la vertu contribue-t-elle au souverain bien, ou est-elle le souverain bien lui-même ? » Quand le problème se réduirait là, n’y voyez-vous donc qu’une transposition d’étiquette ? Non, c’est une confusion réelle, un aveuglement manifeste que de placer en tête ce qui doit marcher en dernier. Je m’indigne, non pas que la vertu soit mise après la volupté, mais qu’on les associe le moins du monde. Cette volupté qu’elle méprise, elle en est l’ennemie, se cabre devant-elle et fuit au plus loin, et s’apprivoise mieux au travail, à la douleur, dignes épreuves de l’homme, qu’à ce vil bien efféminé.