Livre 4.16
XVI. Nos mêmes adversaires avouent que, pour eux, ils payent de retour non en vue de l’honnête, mais parce que cela est utile. Autre mensonge dont nous les convaincrons avec moins de peine que du premier, car les arguments qui ont démontré que la bienfaisance est désirable par elle-même s’appliqueront aussi à la reconnaissance.
Il est bien établi, et nos preuves ultérieures découlent de là, que l’honnête ne se pratique par nul autre motif que parce qu’il est l’honnête. Qui donc osera contester que la reconnaissance soit une chose honnête ? Qui ne déteste l’ingrat, nuisible à tous, comme à lui-même ? Eh quoi ! si l’on te parle d’un homme qui aux plus grands bienfaits d’un ami répond par l’ingratitude, qu’éprouves-tu ? Ne vois-tu là, au lieu d’un acte infâme, que l’omission d’une chose qui eût pu lui être utile et profitable ? Je m’assure que dans ta pensée c’est un méchant homme, qui a plus besoin de châtiment que de curateur ; et cette pensée, tu ne l’aurais pas, si la gratitude n’était par elle-même désirable et honnête.
D’autres vertus peut-être ont leur mérite moins en dehors, et pour y reconnaître l’honnête on a besoin de les interpréter : celle-ci se montre sans voile, trop belle pour ne reluire que d’un faible et douteux éclat. Est-il rien d’aussi louable, et qui parle aussi également au cœur de tous les hommes que cette vertu qui répond aux bienfaits par la reconnaissance ?