Livre 3.9
IX. L’homme irascible doit encore renoncer aux études trop sérieuses, ou du moins ne pas s’y livrer jusqu’à la fatigue, ne point partager son esprit entre trop d’occupations, mais le tourner aux exercices récréatifs. Que la lecture des poëtes le charme, que les récits de l’histoire le captivent : qu’il se traite avec douceur et ménagement. Pythagore apaisait, aux sons de la lyre, les troubles de son âme ; qui ne sait, en revanche, que les clairons et les trompettes nous aiguillonnent, tandis que certains chants sont pour l’esprit des calmants qui le détendent ? Le vert convient aux yeux troubles ; et il est des couleurs qui reposent une vue fatiguée, tout comme d’autres plus vives la blessent : ainsi des occupations gaies soulagent un esprit malade.
Forum, patronages, plaidoiries, fuyons tout cela, tout ce qui ulcère notre mal. Évitons aussi les fatigues du corps. Elles dissipent tout ce qu’il y a en nous d’éléments doux et calmes et soulèvent les principes d’âcreté. Ainsi les gens qui se défient de leur estomac, avant de rien entreprendre d’important et de difficile, tempèrent par quelque nourriture leur bile que remue surtout la fatigue ; soit que le vide de l’estomac y concentre la chaleur, trouble le sang dont il arrête le cours dans les veines défaillantes ; soit que l’épuisement et la débilité du physique pèsent sur le moral. Quoi qu’il en soit, c’est de la même cause que vient l’irritabilité dans l’affaiblissement de la maladie ou de l’âge. C’est pour cela aussi que la faim et la soif sont à craindre : elles aigrissent et enflamment les esprits.