Livre 3.41
XLI. Es-tu assez puissant pour foudroyer la colère du haut de ta supériorité ? Traite-la sans pitié, mais seulement quand elle est, comme je viens de la montrer, féroce, impitoyable, sanguinaire : elle est alors incurable, si elle ne craint plus puissant qu’elle….
Donnons la paix à notre âme ; or ce qui la lui donne c’est la constante méditation des préceptes de la sagesse, et la pratique du bien, et la pensée vouée tout entière à l’unique passion de l’honnête ! C’est à nos consciences qu’il faut satisfaire, sans travailler en rien pour la renommée : acceptons-la, fût-elle mauvaise, pourvu que nous la méritions bonne. « Mais la foule admire tout acte énergique, et l’audace est en honneur : le calme passe, pour apathie. » Au premier aspect peut-être ; mais dès qu’une vie toujours égale a prouvé que ce n’est pas indolence, mais paix de l’âme, ce même peuple vous rend son estime et sa vénération.
Elle n’a donc rien d’utile en soi, cette passion, cette farouche ennemie : qu’apporte-t-elle au contraire ? tous les fléaux, le fer, les feux ; foulant aux pieds toute pudeur, elle a souillé ses mains de carnage, dispersé les membres de ses enfants. Il n’est rien que respectent ses attentats ; sans souci de la gloire, sans crainte de l’infamie, inguérissable dès qu’elle s’est endurcie jusqu’à la haine.