Livre 3.38
XXXVIII. Les exemples se pressent à la suite l’un de l’autre quand il s’agit de fils qui ont arraché leurs pères aux dangers, qui des derniers rangs les ont fait monter aux premiers, qui les ont tirés de la plèbe et de l’ignoble foule pour les offrir à l’entretien de tous les siècles. Aucune énergie de langage, aucune puissance de génie ne saurait exprimer tout ce qu’il y a de mérite, tout ce qu’il y a de gloire à jamais assurée dans la mémoire des hommes à pouvoir se dire : « J’ai obéi, j’ai cédé en tout à mes parents ; leurs commandements, soit justes, soit iniques et cruels pour moi, m’ont trouvé docile et soumis ; sur un seul point j’ai été rebelle ; je n’ai pas voulu leur être inférieur en bienfaits. » Luttez de dévouement, je vous en conjure, et, même après un échec, rétablissez vos lignes. Heureux les vainqueurs ! Heureux encore les vaincus ! Quoi de plus beau qu’un jeune homme puisse tenir ce langage à lui-même, car à tout autre ce serait impie : « J’ai vaincu mon père en bienfaits ? » Quoi de plus fortuné qu’un vieillard qui répète à tous et partout que les bienfaits de son fils l’emportent sur les siens ? Quoi de plus triomphant que de céder à cet autre soi-même13 ?