Livre 3.37
XXXVII. L’homme de bien aime qu’on le reprenne ; les plus méchants sont ceux que la censure effarouche le plus. Quelques saillies dans un festin, quelques traits lancés pour te piquer au vif ont-ils porté coup ? souviens-toi d’éviter ces repas où se trouvent des gens de toute espèce : la licence est plus effrénée après le vin ; il ôte toute retenue, même aux plus sobres. Tu as vu ton ami s’indigner contre le portier de quelque avocat ou de quelque riche, pour n’avoir pas été reçu ; et toi-même as pris feu pour lui contre le dernier des esclaves. Te fâcherais-tu donc contre un dogue enchaîné dans sa loge ? Encore, quand il a bien aboyé, s’apaise-t-il au morceau qu’on lui jette. Passe au large, et ne fais qu’en rire. Ce misérable se croit quelque chose parce qu’il garde un seuil qu’assiége la foule des plaideurs ; et l’homme qui repose au dedans, son heureux et fortuné maître, regarde comme l’enseigne de la richesse et de la puissance d’avoir une porte difficile à franchir ; il oublie que celle d’une prison l’est bien plus. Attends-toi à des contrariétés sans nombre qu’il faut essuyer. Est-on surpris d’avoir froid en hiver, d’éprouver en mer des nausées, sur un chemin des cahots ? L’âme est forte contre les disgrâces quand elle y arrive préparée. Placé à table en un lieu trop modeste, te voilà outré contre l’hôte, contre l’esclave qui fait l’appel des convives, et contre le préféré. Insensé ! que t’importe quelle partie du lit ton corps va fouler ? ton plus ou moins de mérite dépend-il d’un coussin ? Tu as vu de mauvais œil quelqu’un qui avait mal parlé de ton esprit. C’est ta loi : l’accepterais-tu ? À ce compte Ennius, dont tu n’es point charmé, devrait te haïr, et Hortensius se déclarer ton ennemi, et Cicéron t’en vouloir, si tu te moquais de ses vers.