Livre 3.34
XXXIV. Voyons maintenant : parcours les autres causes de colère, le manger, le boire, et jusque dans ces choses des rivalités d’ambition, les recherches du costume, les mots piquants, les insultes, les attitudes peu respectueuses, les soupçons, l’indocilité d’une bête de somme, la paresse d’un esclave, l’interprétation maligne des propos d’autrui, qui ferait juger la parole comme un présent funeste de la nature. Crois-moi, ce sont choses légères qui nous fâchent si grièvement : les luttes et les querelles d’enfants n’ont pas de motifs plus frivoles. Dans tout ce que nous faisons avec une si triste gravité, rien de sérieux, rien de grand. Votre colère, encore une fois, votre folie vient de ce que vous faites trop grand cas de petites choses. « Tel a voulu m’enlever un héritage ; tel qui m’avait longtemps capté par l’espoir de son testament s’est fait mon accusateur ; tel a voulu séduire ma concubine. » Ce qui devait être un nœud d’amitié, la communauté de vouloir, devient un ferment de discorde et de haine.