Livre 3.33
XXXIII. Scipion sauva son père dans un combat : à peine revêtu de la prétexte, il poussa son cheval contre l’ennemi ; s'était peu d’avoir bravé, pour arriver à son père, les extrêmes périls qui de toutes parts pressaient les chefs principaux, d'avoir triomphé de tant d’obstacles, d’avoir, lui, nouveau venu, passé sur le corps aux vétérans pour courir à la première ligne, d’avoir enfin devancé son âge : ajoute que ce même héros va défendre ce père accusé, l’arracher aux puissants adversaires ligués contre lui ; qu’il va, outre un second et un troisième consulat, accumuler sur lui tous les honneurs qu’un consulaire même puisse ambitionner, qu’il va faire hommage à sa pauvreté des trésors qu’il tient du droit de la guerre, et, chose la plus flatteuse pour un guerrier, l’enrichir des dépouilles de l’ennemi. Si c’est peu encore, ajoute qu’il lui continue ses gouvernements de provinces et ses commandements extraordinaires ; ajoute que, par la ruine des plus redoutables cités, devenu le protecteur et le vrai fondateur d’un empire qui désormais s’étendait sans rival de l’Orient à l’Occident, il apporte une illustration nouvelle à un père déjà si illustre. C’était, dis-tu, le père de Scipion ! Mais est-il douteux que le vulgaire bienfait de la naissance ne soit éclipsé par cette sublime piété filiale et par cet héroïsme dont je ne saurais dire si la patrie recueillait plus de sécurité que de gloire ?