Livre 3.26
XXVI. Notre siècle a ses exemples que. je n’omettrai pas. Sous l’empereur Tibère la fureur des délations s’était propagée comme une épidémie qui, plus terrible que toute guerre civile, dépeuplait Rome en pleine paix. On recueillait les propos de l’ivresse, les innocentes saillies de la gaieté : tout devenait péril, pour sévir tout prétexte était bon. Le sort des accusés ne donnait même plus lieu aux incertitudes ; c’était le même pour tous. L’ex-préteur Paulus assistait à un festin ayant à son doigt le portrait de Tibère sur une pierre gravée en relief. Le scrupule serait déplacé si je cherchais une périphrase pour dire qu’il alla prendre un pot de chambre. Cela fut aussitôt remarqué par Maro, l’un des fameux espions de l’époque. Mais l’esclave de l’homme dont on tramait la perte profita de son ivresse pour lui retirer son anneau et, comme Maro prenait les convives à témoin que l’image de César avait été mise en contact avec un objet obscène, comme il dressait déjà sa dénonciation, l’esclave montra la bague dans sa main. Qui le traiterait d’esclave après cela pourrait appeler le délateur un convive.