Livre 3.24
XXIV. Que chacun donc se dise, toutes les fois qu’on l’offense : « Suis-je plus puissant que Philippe ? on l’a pourtant outragé impunément. Ai-je plus d’autorité dans ma maison que le divin Auguste n’en avait sur le monde entier, Auguste qui se contenta de rompre avec son offenseur ? Pourquoi ferais-je expier à mon esclave par le fouet ou les fers une réponse faite d’un ton trop haut, un air de mutinerie, un murmure qui n’arrive pas jusqu’à moi ? Qui suis-je, pour que choquer mon oreille soit un crime ? Une foule d’hommes ont pardonné à leurs ennemis ; moi, je ne ferais pas grâce à un serviteur indolent, distrait ou causeur ? » Que l’enfant ait pour excuse son âge ; la femme, son sexe ; l’étranger, son indépendance ; le domestique, ses rapports familiers avec nous. Est-ce la première fois que tel te mécontente ? songe que de fois il t’a satisfait. T’a-t-il souvent et en d’autres cas offensé ? souffre encore ce que tu souffris si longtemps. Est-ce ton ami ? il l’a fait sans le vouloir. Ton ennemi ? c’était son rôle. Cédons à plus sage que nous, pardonnons à qui l’est trop peu ; pour tous enfin, disons-nous bien que les plus parfaits mortels ne laissent pas de faillir souvent ; qu’il n’est point de circonspection si mesurée qui parfois ne s’oublie ; point de tête si mûre, de personne si grave que l’occasion ne pousse à quelque vivacité ; point d’homme si peu porté à l’offense qui n’y tombe, en voulant l’éviter.