Livre 3.22
XXII. « L’esclave, dit Chrysippe, est un mercenaire à vie. » Or comme un mercenaire nous oblige quand il fait plus que la besogne pour laquelle il s’est loué, de même l’esclave qui, par dévouement pour son maître, va au delà des devoirs de sa condition et s’élève à quelque grand acte qui honorerait tout homme né dans une classe plus heureuse, l’esclave qui surpasse ainsi l’attente de son maître est un bienfaiteur trouvé au sein de nos foyers. Vous semble-t-il juste que ces hommes, qui nous irritent s’ils font moins que leur devoir, n’obtiennent pas de reconnaissance s’ils font plus que ce qu’ils doivent et font d’ordinaire ? Veut-on savoir quand il n’y a pas bienfait de leur part ? C’est quand le maître peut dire : « Malheur à eux s’ils refusent ! » Mais quand ils ont fait ce qu’ils pouvaient ne pas vouloir, louons-les de l’avoir voulu. Ce sont deux choses contraires que le bienfait et l’injure. On peut rendre service au maître, si l’on peut recevoir de lui une injure : or un juge est établi pour connaître des injures faites par les maîtres à leurs esclaves, pour punir ceux qui font d’eux les victimes de leur cruauté, ou de leur débauche, ou qui leur fournissent d’une main trop avare les choses nécessaires à la vie9…
« Comment ! Un bienfait aurait lieu d’esclave à maître ! » Dites plutôt : d’homme à homme. Enfin ce qui dépendait de lui il l’a fait : il a rendu un grand service à son maître ; il dépend de toi que tu ne l’aies point reçu d’un esclave. Mais quel est l’homme si haut placé que le sort ne puisse réduire à avoir besoin même du dernier des hommes ? Je vais citer maint exemple de bienfaits de genres tout divers, parfois même opposés. Celui-ci donne la vie à son maître ; celui-là la mort ; un troisième le sauve quand il va périr et, si ce n’est assez, périt en le sauvant : l’un aide au suicide de son maître, l’autre a su lui donner le change.