Livre 3.21
XXI. Cambyse déploya sa colère contre une nation inconnue de lui, innocente, qui toutefois pouvait sentir ses coups ; Cyrus s’emporta contre un fleuve. Comme il courait assiéger Babylone, car, à la guerre, l’important est de saisir promptement l’occasion, il tenta de passer à gué le Gynde, alors fortement débordé : entreprise à peine sûre après que l’été s’est fait sentir, et l’a fait tomber au niveau le plus bas. Un des chevaux blancs qui d’ordinaire menaient le char royal fut entraîné par le courant, ce qui courrouça fortement Cyrus. Il jura que ce fleuve, assez hardi pour emporter les coursiers du grand roi, serait réduit au point que des femmes même pourraient le traverser et s’y promener à pied. Il employa là tous ses préparatifs de guerre, et persista dans son œuvre jusqu’à ce que, partagé en cent quatre-vingts canaux, divisés eux-mêmes en trois cent soixante ruisseaux, le fleuve, à force de saignées, laissât son lit entièrement à sec. Ainsi perdit-il et le temps, perte énorme dans les grandes entreprises, et l’ardeur du soldat brisée dans un travail stérile, et l’occasion de prendre au dépourvu l’ennemi, après lui avoir déclaré une guerre qu’il faisait à un fleuve.