Livre 3.17
XVII. Combien Xercès se montra plus facile ! Pythius, père de cinq fils, lui demandait le congé d’un seul : il obtint de choisir. Le choix fait, ce fils désigné fût coupé en deux par ordre de Xercès, et une moitié placée sur chaque côté de la route : ce fut la victime lustrale de son armée. Aussi eut-il le sort qu’il méritait ; vaincu, dispersé au loin, il vit ses immenses débris joncher toute la Grèce, et se sauva à travers les cadavres des siens.
Telle fut, dans la colère, la férocité de rois barbares, chez qui ni l’instruction ni la culture des lettres n’avaient pénétré. Mais je te citerai un roi, sorti du giron d’Aristote, Alexandre, perçait dans un banquet et perçant de sa main son cher Clitus, son ami d’enfance, qui, peu enclin à flatter, répugnait à passer de la liberté macédonienne aux serviles habitudes de Perse. Le même livra à la rage d’un lion Lysimaque, également son ami. Or ce Lysimaque, échappé par un heureux hasard à la dent du lion, en devint-il lui-même plus doux lorsqu’il régna ? Eh non ! il mutila affreusement Télesphore de Rhodes, son ami, lui fit couper le nez et les oreilles, et le nourrit longtemps dans une cage comme quelque animal inconnu et extraordinaire, sorte de tronc vivant, plaie difforme, qui n’avait plus rien de la face humaine. Et puis c’était la faim, c’étaient les souillures d’un corps immonde laissé dans sa propre fange, courbé sur ses genoux, sur ses mains calleuses qui lui servaient forcément de pieds dans son étroite prison ; et des flancs ulcérés par le frottement des barreaux : figure non moins hideuse qu’effroyable à voir. Son supplice en avait fait un monstre qui repoussait même la pitié. Mais quoique le patient ne ressemblât plus à un homme, le bourreau y ressemblait moins encore.