Livre 3.13
XIII. Un homme m’a obligé, et ce même homme ensuite m’a fait une injure. Un seul bon office me fait-il une loi de dévorer tous ses outrages ; ou n’est-ce pas comme si je m’étais acquitté, dès qu’il a lui même annulé son bienfait par l’injure qui a suivi ? Comment après cela estimer si l’avantage reçu l’emporte sur le tort éprouvé ? Un jour entier ne me suffirait pas si je tentais d’énumérer toutes les difficultés. C’est, dit-on, refroidir la bienfaisance que de ne pas venger le bienfait, que de n’infliger aucune peine à ceux qui le renient. Mais, d’un autre côté, prends garde qu’on sera bien plus circonspect à l’accepter, si l’on court risque d’avoir à plaider, d’être inquiété quoique innocent. Nous-mêmes enfin, nous serons plus lents à donner : car on n’aime pas à donner aux gens malgré eux. Mais celui que son bon cœur et l’attrait seul d’une bonne œuvre déterminent à la faire, donnera d’autant plus volontiers à des hommes qui ne lui devront rien que s’ils le veulent. Bien mince en effet est la gloire d’une vertu qui prend ses sûretés avec tant de soin.