Livre 2.9
IX. Ajoute la foi publique parjurée par les nations, et les pactes rompus ; la force faisant sa proie de tout ce qui ne peut résister ; les captations, les vols, les fraudes, les dénégations de dépôts, tous crimes pour lesquels nos trois forums ne suffisent pas. Si tu veux que le sage s’irrite en proportion de l’indignité des forfaits, ce ne sera plus de la colère, ce sera du délire. Il est mieux de penser qu’il ne faut point de colère contre l’erreur. Que dirais-tu de l’homme qu’indigneraient les faux pas de son compagnon dans les ténèbres, la surdité d’un esclave qui n’entendrait pas l’ordre du maître, la distraction d’un autre qui négligerait ses devoirs pour considérer les amusements et les insipides jeux de ses camarades ? En voudrais-tu aux gens d’être atteints de maladie, de vieillesse, de fatigue ? Entre autres infirmités des mortels il y a cet aveuglement d’esprit qui leur fait une nécessité non-seulement d’errer, mais d’aimer leurs erreurs. Pour ne pas t’irriter contre les individus, fais grâce à l’espèce tout entière ; enveloppe l’humanité dans la même indulgence. Si tu t’emportes contre le jeune homme ou contre le vieillard qui fait une faute, emporte-toi contre l’enfant qui doit faillir un jour. Or peut-on en vouloir à cet âge qui n’est pas encore celui du discernement ? Il y a une plus forte excuse, et plus légitime, pour l’homme que pour l’enfant. Car la condition de notre naissance, c’est d’être sujets à autant de maladies de l’âme que du corps ; non que notre intelligence soit lente ou obtuse, mais nous employons mal sa subtilité, nous sommes les uns pour les autres des exemples de vices. Chacun suit ses devanciers dans la mauvaise route qu’ils ont prise ; et comment ne pas excuser qui s’égare sur une voie devenue la voie publique ?