Livre 2.7
VII. Fabius Verrucosus comparait le bienfait grossier d’un bourru à un pain mêlé de gravier, que l’on prend par besoin, que l’on mange avec répugnance. L’empereur Tibère, que M. Ælius Népos, ancien préteur, avait sollicité de l’aider à payer ses dettes, exigea de celui-ci la liste des gens auxquels il devait. Ce n’est pas là un don, c’est une convocation de créanciers. La liste produite, l’empereur lui manda qu’il avait donné ordre que tout fût payé. Sa lettre finissait par d’humiliants reproches ; Ælius n’eut de cette façon ni dettes à payer ni service à reconnaître. Il fut quitte de ses créanciers, sans que Tibère l’eût pour obligé.
Ce fut chez le prince un calcul : il ne voulut pas, je pense, voir se multiplier les mêmes demandes qui l’auraient assiégé en foule. Ce système peut-être n’aura pas été sans effet pour contenir d’audacieuses cupidités par le frein de la honte : mais qui donne en bienfaiteur doit suivre une tout autre voie.