Livre 2.4
IV. Mais que d’hommes par la dureté de leurs paroles et leurs airs sourcilleux font prendre en haine le bienfait, l’accompagnant d’un tel langage, d’une telle superbe qu’on se repent de l’avoir obtenu! Puis, la promesse faite, surviennent d’autres retards ; et quel supplice, quand on a obtenu une chose, d’avoir à la demander encore ! Le bienfait doit se donner comptant ; or il est, chez certaines gens, plus difficile à réaliser qu’à promettre. Il faut prier, l’un de faire ressouvenir, et l’autre, d’effectuer. Ainsi passant par une foule de mains, le bienfait s’use ; et le principal auteur en perd presque tout le mérite, qui se partage entre tous ceux qu’il faut solliciter après lui. Tu auras donc grand soin, si tu veux qu'on apprécie dignement tes bons offices, qu’ils arrivent à qui a reçu ta promesse, dans toute leur fraîcheur, tout entiers et, comme on dit, sans aucun déchet. Que nul ne les intercepte, ne les retienne en route : personne ne peut, de ce que tu donnes, se faire un mérite qui ne diminue le tien.