Livre 2.33
XXXIII. Un service m’a été rendu ; je l’ai reçu de la manière que le bienfaiteur voulait qu’il le fût ; dès lors il a ce qu’il désire, la seule chose qu’il désire : je suis donc reconnaissant. Après cela il lui reste le droit d’user de moi et l’avantage tel quel que peut offrir un homme reconnaissant ; mais ce n’est pas là le complément d’une dette à demi payée, c’est un accessoire au payement. Phidias fait une statue : le fruit de l’art est autre chose que le loyer de l’artiste ; le fruit de l’art, c’est d’avoir réalisé l’idée ; le loyer de l’artiste, c’est de l’avoir réalisée avec profit. Phidias a parfait son œuvre, bien qu’il ne l’ait pas vendue. Il en recueille un triple fruit, d’abord la satisfaction intérieure de l’avoir achevée, puis la gloire, et enfin le profit que lui rapportera soit la reconnaissance, soit le prix de la vente, soit quelque autre avantage. De même le premier fruit du bienfait est l’intime jouissance que goûte celui qui a fait parvenir où il a voulu les effets de sa générosité. Vient ensuite la gloire, et en troisième lieu ce que l’obligé peut rendre à son tour. Ainsi lorsqu’un service est reçu de bon cœur, son auteur en a déjà recueilli la valeur, mais non le salaire effectif. Je dois donc ce qui est en dehors du bienfait même, mais ce bienfait, la manière dont je l’ai reçu l’a payé.