Livre 2.32
XXXII. Celui, dit-on, qui éprouve le bienfait a beau avoir reçu du meilleur cœur, il n’a pas accompli sa tâche. Reste l’obligation de rendre. De même au jeu de paume c’est quelque chose de recevoir la balle avec adresse et promptitude ; mais on n’appelle bon joueur que celui qui l’a renvoyée convenablement et sans effort, comme il l’a reçue. » La comparaison est inexacte. » Pourquoi ? « Parce que la beauté du jeu consiste dans les mouvements d’un corps agile, non dans l’intention ; parce qu’un entier développement est nécessaire aux actes qui ont les yeux pour juges. » Et pourtant je ne te refuserai pas le nom de bon joueur si, ayant reçu la balle comme tu le devais, il n’a pas tenu à toi qu’elle ne fût renvoyée. « Mais, poursuit-on, bien que l’art du joueur n’y perde rien, puisqu’il a fait ce qui dépendait de lui, et qu’il est capable de faire le reste, le jeu toutefois demeure imparfait, ce jeu qui ne s’exécute bien que tant que la balle est tour à tour servie et rendue. » Je ne prolongerai pas cette réfutation ; j’accorderai qu’il en soit ainsi : que le jeu y perde et non le joueur ; de même aussi, dans la question présente, il y aura perte sur le bienfait auquel on doit la pareille ; mais rien ne manque à l’âme, elle a trouvé sa digne rivale, qui a fait, autant qu’il était en elle, tout ce qu’elle voulait faire.