Livre 2.30
XXX. Cette digression, cher Libéralis, m’a semblé nécessaire, et parce qu’il fallait parler un peu des plus grands de tous les bienfaits, dès que je traitais des plus modiques, et parce que le vice sur lequel j’appelle l’exécration s’étend avec audace des premiers à tous les autres. À qui en effet témoignera-t-il sa gratitude, quelle faveur jugera-t-il assez précieuse ou digne de retour, celui qui dédaigne les plus magnifiques de toutes les faveurs ? À qui pensera-t-il devoir son salut, son existence, l’homme qui nie avoir reçu des dieux cette même vie que tous les jours il leur demande ? Enseigner la reconnaissance, c’est donc plaider et la cause des hommes et celle des dieux : les dieux n’ont nul besoin, ils sont hors de la sphère des désirs ; nous pouvons néanmoins leur témoigner notre gratitude. Nul n’est en droit de s’excuser sur sa faiblesse et sa misère ; nul ne saurait dire : « Que ferais-je, et comment m’y prendre ? Puis-je jamais payer de retour ces êtres si supérieurs, ces maîtres de toutes choses ? » Rien n’est plus facile : avare, tu le peux sans frais ; paresseux, sans travail. Au moment même où l’on t’oblige tu te mets au pair, si tu veux, avec tout bienfaiteur ; reçois-tu avec gratitude, tu as rendu.