Livre 2.3
III. Et pour ne pas prendre le change à ce mot séduisant de clémence qui pourrait nous jeter dans un autre excès, examinons en quoi elle consiste, quelles sont et sa nature et ses limites. La clémence est la modération d’une âme qui a le pouvoir de se venger ; ou bien, c’est l’indulgence du supérieur dans la punition de l’inférieur. Il est plus sûr de donner plusieurs définitions, de peur qu’une seule ne soit incomplète et, pour ainsi dire, n’échoue par un vice de formule : on peut donc encore appeler clémence une disposition de l’âme à la douceur dans l’application des peines. Une autre définition, qui trouvera des contradicteurs, quoiqu’elle approche le plus du vrai, serait celle-ci : la clémence est cette modération qui remet quelque chose de la peine due et méritée ; on va se récrier et dire qu’aucune vertu ne fait rien de moins que ce qu’elle doit. Et cependant tous reconnaissent la clémence dans cette retenue de l’âme qui reste en deçà de ce que la justice pouvait infliger. L’ignorance croit que la sévérité est le contraire de la clémence ; mais jamais vertu ne fut le contraire d’une autre vertu.