Livre 2.2
II. Il y a un mot humiliant, qui pèse et ne peut se dire que le front baissé : Je vous demande. Épargnons-le à notre ami, à quiconque peut le devenir par nos bons procédés. Quelque hâte qu’on y mette, le bienfait vient tard s’il ne vient qu’après la demande. Tâchons donc de deviner les vœux de chacun et, quand nous les aurons saisis, évitons-leur ]’amère nécessité de la prière. Un bienfait délicieux et qui vivra dans leur âme, sache-le bien, c’est celui qui les a prévenus. Si nous n’avons pu prendre les devants, coupons court aux paroles du solliciteur, pour ne pas sembler les avoir attendues ; et une fois averti, promettons sur-le-champ ; prouvons par notre empressement même que nous étions prêts à agir avant qu’on nous interpellât. Si pour un malade quelque nourriture en temps utile peut le sauver, si une goutte d’eau donnée à propos lui vaut un remède, de même le plus vulgaire service, quand il est prompt, quand pas un moment n’a été perdu, grandit beaucoup à nos yeux et efface en mérite tel don plus précieux venu tard et après longue réflexion. Qui fut si prompt à obliger ne laisse pas douter du plaisir qu’il goûte à le faire. Aussi est-ce avec bonheur qu’il oblige ; tout en lui reflète la physionomie de son âme.