Livre 2.2
II. Cet avenir, César, est en grande partie le nôtre : j’en accepte et proclame avec joie l’augure. La douceur de votre âme va se répandre et pénétrer insensiblement dans tout le corps de votre empire ; tout se va former sur votre modèle44. C’est à la tête que se rattache toute la santé de l’homme : c’est d’elle qu’il reçoit la vigueur et l’énergie, par elle qu’il languit et s’affaisse ; elle est l’esprit de vie comme le principe de mort. Et citoyens et alliés, tous se rendront dignes de la bonté du prince ; on verra par tout le globe les vertus reparaître ; on abjurera l’esprit de violence.
Pardonnez si je m’arrête quelque peu à parler de vous. Ce n’est pas pour charmer votre oreille, telle n’est point ma coutume, et j’aimerais mieux vous choquer par la vérité que vous plaire par la flatterie45. Quel est donc mon but ? Outre que je veux vous rendre le plus familiers qu’il se peut les actes et les paroles qui vous honorent, afin que ce qui est aujourd’hui l’élan d’une heureuse nature devienne un principe46 réfléchi ; je songe en moi-même à cette foule de mots expressifs, mais horribles, passés en maximes sociales qui se répètent et circulent partout, comme celle-ci : Qu’on me haïsse, pourvu qu’on me craigne ! ce qui ressemble à ce vers grec : Que la terre à ma mort s’abîme dans les flammes47, et à mille traits de même espèce. Or je ne sais comment dans les âmes atroces, exécrables, la matière prêtait davantage pour rendre leur pensée avec vigueur et véhémence. Je ne connais pas une parole de douceur et de bonté dont l’énergie me frappe. Pour conclure donc : donnez rarement, avec répugnance et après une longue hésitation, cette signature qu’il faut parfois nécessairement tracer, et qui vous faisait prendre l’écriture en haine ; oui, selon votre usage, hésitez longtemps, ajournez, plus d’une fois.