Livre 2.19
XIX. Un tyran avait un abcès qui fût percé par le poignard d’un homme venu pour l’égorger. Ce tyran dut-il le remercier de ce qu’un mal, devant lequel l’art des médecins avait reculé, se trouvait guéri par l’assassinat ? Tu vois que le résultat importe assez peu, car je ne puis regarder comme bienfaiteur quiconque, voulant me nuire, m’aura servi. Au hasard appartient le bienfait, à l’homme l’offense.
Nous avons vu dans l’amphithéâtre un lion qui, reconnaissant son ancien maître dans une des victimes qu’on livrait aux bêtes, le protégea contre toute attaque. Est-ce un bienfait que le secours de ce lion ? Non : il n’a ni voulu faire ni fait un acte réfléchi de bienfaisance. Au lieu d’une bête féroce, mets un tyran. Il m’aura sauvé la vie comme elle ; mais ni elle ni lui ne sont des bienfaiteurs. Il n’y a pas bienfait, si j’ai reçu forcément ; il n’y a pas bienfait, si je dois à qui je ne voudrais pas devoir. Avant tout laisse-moi mon libre arbitre : tu donneras après.