Livre 2.19
XIX. Ce qui importe, c’est dans quelle mesure chacun de nous participe du chaud et de l’humide : celui des deux éléments qui prévaudra déterminera nos penchants. L’élément chaud rend l’homme irascible : car le feu est actif et opiniâtre. L’élément froid fait l’homme timide : le froid étant un principe qui engourdit et paralyse. Partant de là, quelques stoïciens ont dit que la colère prend naissance dans la poitrine, quand le sang bouillonne autour du cœur. Voilà, selon eux, son vrai siége ; et leur seule raison c’est que la poitrine est la plus chaude partie de tout le corps. Chez ceux où domine le principe humide, la colère croît par degrés : la chaleur en eux n’est pas toute prête, ils ne la doivent qu’au mouvement. C’est pourquoi les colères des enfants et des femmes sont plutôt vives que profondes et sont plus faibles à leur début. Dans l’âge où la fibre est plus sèche, nos transports sont véhéments, soutenus, mais n’augmentent pas ni ne gagnent beaucoup, une chaleur qui décline étant trop voisine du froid. Les vieillards sont difficiles, portés à la plainte, comme les malades, les convalescents et ceux chez qui la fatigue ou les pertes de sang ont épuisé la chaleur. Il en est de même des hommes que l’a soif ou la faim aiguillonne, ou dont le sang est appauvri, ou dont les organes insuffisamment restaurés s’affaissent. Le vin enflamme la colère, car il augmente la chaleur relative de chaque tempérament,