Livre 2.17
XVII. « L’orateur, dit-on, qui s’emporte en vaut mieux quelquefois. » Dis plutôt : qui feint de s’emporter ; de même les histrions qui par leur débit remuent le peuple, ne ressentent pas la colère, mais ils la jouent bien. Devant les juges aussi, dans les assemblées, partout où il s’agit d’entraîner et de maîtriser les esprits, on feindra tour à tour la colère, la crainte, la pitié qu’on voudra inspirer aux autres ; et souvent ce qu’une vraie émotion n’aurait pu faire, une émotion factice l’obtiendra. « C’est une âme faible, dit-on, qu’une âme incapable de colère. » Oui, si elle n’a pas de ressort plus puissant que celui-là.
Ne soyons ni brigand, ni victime ; ni compatissant, ni cruel ? l’un serait mollesse, l’autre, dureté de cœur. Que le sage tienne le milieu ; et s’il faut faire acte de vigueur, qu’il montre non de la colère, mais de l’énergie.