Livre 2.12
XII. Caligula donna la vie à Pompeius Pennus, si c’est donner que ne pas ôter12 ; et comme Pennus le remerciait de son pardon, il lui présenta à baiser son pied gauche. Cuux qui l’excusent et qui disent qu’il ne le fit point par insolence prétendent qu’il ne voulait que montrer la dorure ou l’or de son brodequin enrichi de perles. Je le veux bien : qu’y avait-il d’humiliant pour un consulaire de baiser de l’or et des perles ? Et d’ailleurs eût-il pu choisir sur toute la personne de Caïus une partie plus pure à baiser ? Cet homme, né pour changer les mœurs d’un État libre en une servitude digne de la Perse, fut peu content de voir un sénateur, dégradant ses cheveux blancs et ses titres, se prosterner devant lui, en présence des grands, dans la vile attitude d’un suppliant, d’un vaincu qui implore son vainqueur ; il trouva moyen de faire ramper plus bas que ses genoux la liberté romaine. N’est-ce pas fouler du pied la république, et même, on peut le dire, c’est ici le cas, la fouler de la plus sinistre façon ? Ce n’était pas assez d’affront, assez d’insolente frénésie que d’écouter en pareil accoutrement un consulaire plaidant pour sa tête, si l’auguste empereur n’eût appuyé les clous de sa chaussure sur la face d’un sénateur.