Livre 1.6
VI. Du médecin au magistrat, toute la différence est que le premier, s’il ne peut sauver nos jours, nous adoucit le passage redouté, et que le second chasse de la vie le coupable chargé d’infamie, aux yeux de tous, non qu’il se plaise au supplice de personne ; le sage est loin de cette inhumaine barbarie ; mais pour donner un exemple à tous, pour que ceux qui de leur vivant n’ont pas voulu être utiles à l’État le servent du moins par leur mort. Non, l’homme, de sa nature, n’est point avide de punir ; et la colère n’est point selon sa nature, car la colère ne veut que châtiment. Je citerai aussi l’argument de Platon, car pourquoi ne pas prendre chez autrui ce qui rentre dans nos idées ? « Le juste, dit-il, ne lèse personne, la vengeance est une lésion : elle ne sied, donc pas au juste, ni par conséquent la colère, car c’est à la colère que la vengeance convient. » Si le juste ne trouve point de charme à se venger, il n’en trouvera pas à une passion qui met sa joie dans la vengeance. La colère n’est donc pas conforme à la nature.