Livre 1.4
IV. J’ai suffisamment expliqué ce que c’est que la colère : elle diffère évidemment de l’irascibilité, ainsi que l’homme ivre, de l’ivrogne, et l’homme effrayé, du timide. L’homme en colère peut n’être pas irascible ; l’irascible peut quelquefois n’être pas en colère. Les Grecs distinguent ce vice en plusieurs espèces, sous divers noms que j’omettrai comme n’ayant pas chez nous leurs équivalents, bien que nous disions un homme amer, acerbe, aussi bien qu’un homme inflammable, furibond, criard, difficile, ombrageux, toutes variétés du même vice. Tu peux y joindre le caractère morose, genre d’irascibilité affinée. Il y a des colères qui se soulagent par des cris ; il y en a dont la fréquence égale l’obstination ; les unes vont droit à la violence et sont chiches de paroles ; les autres se répandent en injures et en discours pleins de fiel ; celles-ci ne vont pas au delà de la plainte et de l’aversion ; celles-là sont profondes, terribles et concentrées. Il y a mille modifications du même mal, et ses formes sont infinies.