Livre 1.20
XX. Un prince punit pour l’un de ces deux motifs : ou il se venge, ou il venge autrui. Discutons d’abord le motif qui le touche personnellement ; car la modération est plus difficile, quand la vengeance est réclamée par le ressentiment et non pour l’exemple. Est-il besoin qu’ici j’avertisse de ne pas croire aisément, d’approfondir les choses, de présumer plutôt l’innocence, de montrer qu’aux yeux du juge l’affaire le touche, comme elle touche le prévenu. Ceci n’est que justice ; la clémence n’a rien à y voir. Mais nous exhorterons le prince, lorsque l’offense est manifeste, à rester maître de lui-même, à faire grâce de la peine s’il le peut sans risque, sinon à la réduire ; à se montrer enfin plus exorable dans sa cause que dans celle des autres. Comme en effet la générosité consiste non à se faire libéral du bien d’autrui, mais à donner ce qu’on s’ôte à soi-même ; ainsi, j’appelle clément non pas l’homme qui fait bon marché des griefs d’autrui ; mais celui qui, poussé par les siens propres, ne bondit pas sous l’aiguillon ; qui a compris qu’il est d’une grande âme de souffrir les injures au faîte de la puissance, et que rien n’est plus digne de gloire qu’un prince qu’on offense et qui ne punit pas.