Livre 1.18
XVIII. Il est beau de commander avec douceur aux esclaves : il faut qu’un maître considère non ce qu’il peut leur faire impunément souffrir, mais ce qu’autorisent l’équité et la bonté qui ordonnent aussi d’épargner des captifs, des malheureux achetés à prix d’argent. À combien plus juste titre ordonnent-elles de ne pas traiter des hommes libres, de sang noble, d’illustre race, comme des esclaves dont on abuse, de voir en eux des citoyens que vous précédez par le rang, et dont on vous livra non la propriété, mais la tutelle ! L’esclave trouve asile au pied de la statue impériale. Comme esclave, tout m’est permis contre lui ; comme homme, il est des choses que me défendent le droit commun de tout ce qui respire et la nature, qui l’a fait mon semblable. Qui ne portait à Védius Pollion plus de haine que ses esclaves mêmes, lui qui engraissait de chair humaine ses lamproies et qui, pour la moindre faute, faisait jeter ces infortunés dans son vivier, que dis-je ? dans son réservoir de serpents ? Monstre digne de mille morts, soit qu’il se repût des lamproies qui avaient dévoré ses esclaves, soit qu’il n’eût ces animaux que pour les nourrir de la sorte ! Si les maîtres impitoyables sont montrés du doigt par toute la ville qui les réprouve et les déteste ; l’iniquité des rois et leur mauvais renom s’étendent plus au loin et les livrent à la haine des siècles. Qu’il eût mieux valu ne pas naître, que de voir sa naissance comptée parmi les calamités publiques !