Pour certains,
le stoïcisme est pessimiste.
Le stoïcisme t’imposerait de t’attendre au pire, de te rappeler incessamment que tu vas mourir, que les passions te sont interdites…Il n’en est rien – et d’ailleurs, peu importe ce que ces gens peuvent penser, puisque tu sais, toi, ce qui est bon pour toi.
Ces exercices-là que je viens de citer et dont j’ai parlé au milieu du programme n’existent que parce qu’ils sont aussi paradoxalement que cela puisse paraître à ses détracteurs, que des **outils** – non, tu ne médites pas à la mort parce que tu serais pessimiste. L’exercice n’est pas une fin, mais un moyen.
Voici un autre outil : celui dit de la « la définition physique, »
car si le stoïcisme dénonce le jugement que nous portons sur ce qui nous entoure, il dénonce les **fausses valeurs** que l’on attribue aux choses.
Ce que te conseille de faire le stoïcisme {{username}}, c’est de donner une définition physique aux choses pour les débarrasser de la valeur émotionnelle que tu leur attache, et par voie de conséquence, la dépendance que tu crées envers celles-ci ; et ainsi, en cas de privation, ou séparation, moins en souffrir.
Beaucoup de choses autour de nous, spécifiquement dans la société moderne, n’ont qu’une valeur toute relative, qui dépend de l’appréciation que nous leur donnons. Or, c’est uniquement leur valeur intrinsèque, objective qui compte vraiment. Tout le reste, le subjectif, n’est que le fruit de notre mental.
Un exemple de l’ouvrage Buyology 1 m’est toujours resté en tête à ce sujet. Je te le partage :
_ Imagine une roche qui t’est offerte par un parent à ton anniversaire. Tu trouverais certainement l’intention étrange, mais l’accepterait poliment avant d’engloutir, gêné, une gorgée de Champagne
__ Imagine maintenant que la même personne t’offre ce même rocher, en expliquant cette fois-ci que la pierre provient des ruines du mur de Berlin, le symbole de réunification d’un Monde divisé, marquant en 1989, la fin de trois décennies de guerre froide.
___ Imagine enfin que t’est offert ce rocher, qui ne provient ni du champ d’à côté, ni du mur de Berlin, mais de la Lune. Ce bout de roche fait partie des seuls 382 kg ramenés par les missions Apollo, entre 1969 et 1972. Il n’en existe que 382 kg sur Terre, et ce soir, on t’en fait le cadeau. Emu, le moment où ce parent te fait cadeau de ce qui représente l’évolution de l’Humanité tout autant que son Histoire, se grave à tout jamais dans ta mémoire.
En soit, il ne s’agit que d’un bout de pierre, mais ce qui fait la différence entre ces trois scenarios, ces trois pierres, est la valeur symbolique que nous conférons aux choses et à leur rareté.
Cet exemple est un rappel du pouvoir des images et du mental. Ce pouvoir qui nous détourne de la valeur intrinsèque de tout ce qui nous entoure.
La plupart de ces choses autour de nous passent au travers un filtre de la pensée qui déforme la réalité.
Si nous dépouillons les évènements et les choses matérielles à leur plus pur nature, bon nombre nous paraîtrait futile ou fade.
Marc Aurèle nous donne une image vivide de la valeur des choses, détachée de tout jugement :
« Que te représente le bain que tu prends ?
De l’huile, de la sueur, de l’ordure, de l’eau visqueuse, toutes choses dégoûtantes.
Eh bien, voilà ce qu’est la vie dans toutes ses parties ;
voilà ce qu’est tout objet, quel qu’il soit. » 2
Ou bien encore :
« À propos des mets et de tous nos aliments, nous nous faisons une idée de ce qu’ils sont : ceci, par exemple, est le cadavre d’un poisson, cela le cadavre d’un oiseau ou d’un porc ;
pareillement,
le vin de phalerne est le jus d’un raisin, ou bien la robe prétexte est faite des poils d’une brebis teints dans le sang d’un coquillage ;
ou encore l’acte sexuel n’est que le frottement d’un nerf et l’éjaculation d’une glaire accompagnée d’un certain spasme.
Toutes ces idées atteignent le fond des choses et les pénètrent au point que nous en distinguons la vraie nature. Agissons ainsi pendant toute notre vie, et quand nous nous faisons des choses l’idée la plus favorable, mettons-les à nu, voyons le peu qu’elles sont et détruisons la légende qui assure leur prestige. » 3
Ou bien encore :
« Dans la matière dont tout être est composé, il y a une partie qui se corrompt et se perd, liquide, cendre, os, humeur ;
dans un autre genre,
les marbres sont les coagulations de la terre ;
l’or et l’argent y sont des dépôts, des sédiments ;
les poils des bêtes sont notre vêtement ;
le sang est de la pourpre,
et ainsi de tout le reste.
Le souffle même qui nous anime est quelque chose d’analogue, puisque, venu de certains éléments, c’est en ces éléments qu’il se change lui-même. » 4
Epictète, fait aussi usage de la séparation, en le liant à memento mori :
« A propos de tout objet d’agrément, d’utilité ou d’affection, n’oublie pas de te dire en toi-même ce qu’il est, à commencer par les moins considérables.
Si tu aimes une marmite, dis : “C’est une marmite que j’aime ” ; alors, quand elle se cassera, tu n’en seras pas troublé :
quand tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis-toi que c’est un être humain que tu embrasses ; et alors sa mort ne te troublera pas. » 5
Cette vision de voir les choses peut être déroutante.
Voir rebutante : réduire toutes ces belles choses à leur plus pure essentialité, décomposées, dépossédées de leur humanité qui en font toute la saveur.
Le sexe, pour prendre l’exemple le plus emblématique que, Marc Aurèle réduit à un frottement et un spasme. Mais le sexe n’est-il par l’expression de l’amour ? Du désir de l’autre, de moments intimes entre deux êtres qui unissent leur corps dans une alchimie rare et précieuse que nous devrions apprécier comme le plus belle des choses que la Nature ne nous ait jamais donné ?
Je suis moi-même tiraillé quant à ces préceptes {{username}}, et je vais te partager ma conclusion. Il appartient à toi, en tant qu’apprenti stoïcien de choisir ce en quoi tu veux croire.
Ma conclusion est celle-ci si tu la veux 6 :
Nous devons apprécier pleinement le **moment présent** : un excellent repas, une aventure insolite un après-midi en compagnie d’amis, la compagnie d’un homme ou d’une femme quand tous deux vous vous aimez sous un drap, un cadeau offert un heureux sourire par un parent, un vêtement dans lequel tu te sens beau quand tu le portes. Toutes ces choses-là donnent de la saveur à la vie. Et je ne saurais y renoncer pour ma part.
Mais ce à quoi, dans ma démarche stoïcienne, je suis prêt à renoncer, c’est l’attachement.
Ce dont je jouissais hier et qui a disparu aujourd’hui m’est égal.
Car tout change.
Et ce qui a changé et n’existe plus, n’est pas de mon fait.
Alors, pourquoi me torturer ?
Quelle est à ta conclusion à toi {{username}} ?
Choisis-tu de vivre dans la pure ligne stoïcienne, parfois austère ;
ou pas. « Nous sommes nos choix. »
C’est une phrase attribuée au philosophe français Jean Paul Sartre.
Quelle que soit le côté de la ligne où tu te situes, l’important est de se rappeler de la vraie valeur intrinsèque des choses.




