
Être à soi, c’est préserver ta nature, ton essence, ta manière d’être.
Ce n’est pas ce que pensent les autres de toi.
Ni la façon dont ils t’estiment,
ni le regard qu’ils portent sur ta carrière, ta maison, ta voiture, ton époux ou ton épouse.
La chose la plus importante, la plus essentielle de toutes ?
« La plus grande chose au monde ?
est savoir être à soi. » 1
Être à soi.
Cette phrase te semble-t-elle obscure ?
Laisse-moi te dire ce qu’elle signifie pour moi. Ensuite, à toi d’y réfléchir.
Être à soi, c’est préserver ta nature, ton essence, ta manière d’être. C’est suivre le chemin que le destin t’a fait emprunter sans le travestir pour plaire ou rassurer. C’est vivre ta vie—la tienne, et non celle que les autres voudraient pour toi. C’est t’incarner pleinement. C’est t’aimer. Tu le sais déjà. Tu l’as vu sur des posts Instagram dégoulinants de bons sentiments, sur la couverture des best-sellers de développement personnel empilés en tête de gondole à la Fnac. « Aime-toi. », « Sois toi-même. », et cette citation d’Oscar Wilde que j’adore, ne serait-ce que pour sa musicalité : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris. »
— Ok, mmmarcus, être soi-même, d’accord. Mais après ? Ça change quoi dans ma vie ?
— Tu le sais, {{username}}, ça commence par arrêter de penser à ce qu’ils pourraient penser de toi.
— Ils qui ?
— Tous. Le monde entier.
MAIS.
Je te l’accorde, rester soi-même semble une ambition modeste.
Presque trop simple.
— Tu m’ôtes les mots de la bouche. N’y a-t-il pas quelque chose de plus grand, de plus noble, que ce « être à soi » ?
À mon sens, dans le domaine du réalisable, c’est-à-dire de ce qui est véritablement à notre portée, c’est l’un des défis les plus ardus qui soient.
Pense-y. La vie en société fait que tu n’es jamais totalement toi-même, ça je pense que tu le comprends déjà, mais penchons sur la question, sommes-nous vraiment nous-mêmes lorsque nous allons au-delà du raisonnable ? Je connais un ami qui met sa vie en péril pour réaliser sa passion, celui d’être acteur. Cet ami, est-il toujours vraiment lui-même, alors qu’il a du mal à payer son loyer et remplir son frigo ? … Et pourtant, il te dira que oui. Que malgré les privations, malgré l’angoisse du lendemain, il est fidèle à lui-même. Parce qu’il poursuit ce qui le fait vibrer, ce qui l’anime. Mais à quel prix ? Est-on encore soi-même quand on s’obstine à suivre un rêve qui nous broie ? Quand la passion devient une cage dorée dont on refuse de sortir, même au détriment de notre bien-être ? Il y a cette frontière ténue entre la fidélité à soi et l’aveuglement. Entre l’authenticité et l’entêtement. Peut-on être pleinement soi si l’on vit dans une insécurité constante, si chaque fin de mois est une lutte, si l’on ne peut même pas s’offrir la liberté de respirer sans crainte du lendemain ?
Peut-être qu’être à soi, ce n’est pas simplement suivre ses désirs coûte que coûte, mais apprendre à négocier avec eux, leur donner un peu plus de place que ce que le strict stoïcisme ne nous l’enseigne, et je m’autorise là une légère entorse aux préceptes les plus rigides de la doctrine. Parce que si le stoïcisme nous enseigne à maîtriser nos désirs, à ne pas nous laisser asservir par eux, il ne prône pas pour autant leur extinction totale. Sénèque lui-même, dans ses lettres, ne prêche pas une vie aride et sans couleur, mais une existence où l’on choisit consciemment ce à quoi l’on accorde du poids.
Alors je m’autorise ici à nuancer. À dire que peut-être, être à soi, ce n’est pas simplement refuser l’emprise des passions, mais leur accorder un droit d’exister, à leur juste mesure. Un peu comme on tendrait la main à un enfant capricieux sans pour autant céder à tous ses caprices, c’est dans ces termes que présente Stephan Zweig présente cette idée, dans sa biographie de Montaigne :
« Nous ne devons pas nous donner,
nous devons juste nous ‘prêter’. ‘Il faut ménager la liberté de notre âme, et en l’hypothéquer qu’aux occasions justes’.
Nous n’avons pas besoin de nous éloigner du monde, de nous retirer dans une cellule. Cependant, nous devons établir une distinction : nous pouvons aimer telle ou telle choses, mais ne nous ‘uni’ en mariage qu’avec nous-même. Montaigne ne rejette pas tout ce que nous avons de passions ou de désirs. Au contraire, il nous conseille de toujours profiter autant que nous pouvons […] celui qui prend plaisir à la politique, qu’il fasse de la politique, qui aime les livres, qu’il en lise, qui la chasse, doit chasser, qui aime sa maison, ses terres, l’argent, les choses, qu’il s’y adonne. Mais plus important que tout : on doit prendre autant que l’on souhaite sans se laisser prendre par les choses ‘ Au ménage, à l’étude, à la chasse, et tout autre exercice, il faut donner jusqu’aux dernières limites du plaisir ; et garder de s’engager plus en avant, ou la peine commence à se mêler parmi’ ». On ne doit pas se laisser entrainer par le sens du devoir, par la passion, par l’ambition du delà du point à l’on voulait, où l’on veut aller, on doit sans relâche examiner ce que valent les choses et en pas les surestimer, s’arrêter là ou le plaisir s’arrête.
Rester en éveil, ne pas s’engager, ne pas devenir esclave, être libre. » 2