Tu pourras souvent trouver sur internet une citation de Epictète : « Ce n'est pas par la satisfaction du désir que s'obtient la liberté, mais par la destruction du désir. »
Cette phrase n’apparait pas dans les écrits originaux du stoïcien-esclave, mais elle a le mérite de résumer la pensée d’Epictète.
La discipline
du désir.
Le choix du mot discipline est intéressant car il implique de la rigueur. Or, le désir évoque presque tout l’inverse. Ne dit-on pas souvent « succomber à ses désirs » ?
Dans un monde stoïcien, les deux ne peuvent être dissociés. Il n’y a pas de bonheur possible si tes désirs ne sont pas maîtrisés. D’où cette discipline à laquelle tu te dois d’adhérer si tu veux être heureux.
Voilà la réalité brute :
Les Hommes sont malheureux parce
qu’ils désirent des choses,
qu’ils considèrent comme des biens,
qu’ils risquent de perdre.
Les Hommes sont malheureux parce
qu’ils cherchent à fuir des choses,
qu’ils considèrent comme des maux.
Le seul moyen que tu as de te défaire de la déception, de l’angoisse, de la tristesse, est de renoncer à ces désirs et ces aversions, mais seulement désirer ce qui dépend de toi : un mental sain, des actions justes, faire au mieux de tes possibilités à chaque instant.
Ce renoncement n’est pas naturel je ne te le cache pas, et pourtant, tu peux t’exercer à discipliner tes désirs et aversions.
Mais alors peux-tu te demander {{username}}, cela veut dire qu’il ne faut pas que tu tombes amoureux, par peur de la souffrance que pourrait provoquer une possible séparation ? que tu n’entreprennes rien, de peur du sentiment d’échec si ton projet n’aboutissait pas ?
Non.
La réponse est simple : comme tant de choses dans la vie, la réponse est dans l’équilibre, la modération ; et dans un détachement quant aux résultats attendus. Engage-toi pleinement dans une relation pour lui donner la chance de réussir, mais aime avec équilibre et tempérance. Soit passionné dans l’instant, mais ne laisse pas ton cœur hors de contrôle. Engage-toi pleinement dans un projet, mais acceptes-en ses aléas, son cours indéfini, ses succès comme ses revers. Autrement dit, les conséquences accessoires, la providence particulière comme nous l’avons vu au début du programme.
Après avoir appris à discipliner ton jugement {{username}}, apprends maintenant à discipliner tes désirs.
Pour discipliner ces désirs,
selon les stoïciens, il n’existe qu’une seule et unique règle : ne vouloir exactement que ce qui t’arrive. Embrasser ton destin, accepter chaque évènement qui se présente à toi, heureux ou malheureux, le vouloir comme si Nature elle-même toute puissante, dans son cours immense et inexorable, l’avait voulu pour toi, et avec laquelle précisément, tu choisis d’adhérer : « Quant à moi, j’ai à cette heure ce que la commune nature veut que j’aie à cette heure ; et je fais ce que ma nature veut que je fasse maintenant. » 1
Refuse donc de désirer tout autre chose que ce qu’a voulu la nature. La nature porte en son sein ses propres loi, sa méthode. Ta nature propre, afin de trouver une paix d’esprit inaliénable, doit y adhérer.
Je terminerai ce texte sur la discipline du désir sur une reformulation de Pascal : « Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre. »2 :
A force d’attendre des lendemains plus heureux, d’espérer et désirer ce que nous n’avons pas encore, nous passons à côté de notre vie ; nous devrions peut-être ainsi désirer un peu moins, et se contenter un peu plus de ce que nous avons déjà.
Ainsi, {{username}}, la discipline du désir nous enseigne une vérité profonde : plus nous attachons notre bonheur à des choses extérieures—des choses que nous pourrions gagner ou perdre—plus nous nous rendons esclaves de l'incertitude et de la déception. La véritable liberté ne réside pas dans la suppression de notre capacité à aimer ou à agir, mais dans l’apprentissage du désir éclairé.
Désirer avec sagesse, c’est aligner ta volonté sur la nature. C’est trouver la satisfaction dans le moment présent, accepter le cours de la vie sans résistance, et comprendre que l’accomplissement ne réside pas dans le fait de vouloir davantage, mais dans l’appréciation de ce que tu possèdes déjà.
L’observation de Pascal nous rappelle la sagesse stoïcienne :
la
vie
se
passe
maintenant.
En plaçant tous nos espoirs dans un avenir imaginé ou en nous inquiétant des désirs non comblés, nous risquons de perdre ce que nous avons déjà—ce moment même.
Peut-être que la plus grande leçon de la discipline du désir est celle-ci : ne gâche pas ta vie à désirer ce qui pourrait être. Vis pleinement dans ce qui est.


