Je voudrais te proposer ce schéma de lecture {{username}} pour les cours qui vont suivre : celui de trois règles de vie, trois règles de conduite pratiques, un modèle ternaire fortement présent chez Marc Aurèle :
1_Discipline du jugement (soit objectif face aux évènements)
2__Discipline du désir (consens à tout ce qui t’arrive car c’est la nature universelle qui le veut)
3__Discipline de l’action (soit juste et altruiste car c’est au fond, ta nature humaine)
Ce découpage en trois domaines – le jugement, le désir, et l’action – ne sort pas de nulle part : il s’agit des trois topoi, ou lieux d’exercice fondamentaux, définis par Épictète lui-même. Dans les Entretiens, il les présente comme les trois champs dans lesquels le philosophe doit exercer son effort. Ces trois topoi 1 forment une carte mentale complète de l’entraînement stoïcien : penser juste, désirer juste, agir juste. Épictète insiste : c’est en les cultivant simultanément que nous progressons sur la voie de la sagesse.
Marc Aurèle :
« A quoi faut-il donc s’exercer ?
A une seule chose :
— Une pensée vouée à la justice et des actions accomplies au service de la communauté [3 – discipline de l’action]
— Un discours qui ne peut jamais tromper [1 – discipline du jugement]
— Une disposition intérieure [2 – discipline du désir] qui accueille avec amour toute conjonction d’évènements, en la reconnaissant comme nécessaire, comme familière, comme découlant d’un si grand principe, d’une si grande source. » 2
Parlons aujourd’hui de la première discipline : celle du jugement.
Marc Aurèle :
« Supprime le jugement de valeur et le voilà supprimé.
“On m’a fait tort”.
Supprime “on m’a fait tort” et voilà le tort supprimé. » 3
Tout évènement que nous percevons comme un malheur est une représentation que nous nous faisons de cet évènement, et qui n’a, en réalité, aucun fondement réel.
Cette leçon est capitale :
Notre jugement,
nos émotions,
n’ont le plus souvent,
aucun fondement réel.
Il existe une différence entre l’évènement lui-même que tu vis ou subis, et la représentation que tu te fais de cet évènement.
Epictète l’a formidablement formulé dans sa célèbre maxime : « Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais le jugement que nous portons sur les choses ». 4
Je te propose un exemple : Tu attends une promotion. Tu ne l’as pas. Quelqu’un d’autre est promu. Est-ce intrinsèquement un évènement malheureux ? Non cela n’est pas objectivement un évènement malheureux ; car à ce moment même, l’autre personne y associe de son côté satisfaction. Pour un observateur tiers, il s’agit d’un évènement neutre auquel tu y associes une déception.
Tu es déçu,
cette autre personne est satisfaite.
Deux émotions opposées pour le même évènement.
Mais tu vas me dire :
— C’est normal !
— Oui, c’est une réaction instinctive normale, ton « émotion involontaire » comme nous l’avons vu, une réaction biologique en sorte. Mais tu peux choisir de ne pas la laisser s’ancrer en toi, de la contrôler et de la faire disparaître.
Car c’est ta subjectivité nourrit une interprétation négative/néfaste de l’évènement.
Et cette subjectivité, tu peux la dompter. Tu dois la dompter si tu veux mieux vivre.
Aussi, dans un cas pareil, sans même évoquer le prisme selon lequel est interprété l’évènement, ton prisme ou celui de l’autre personne, pose-toi ces questions : cette promotion qui t’échappe est-elle réellement un malheur ? remet-il en cause tes capacités personnelles ? d’autres facteurs externes indépendant de tes qualités propres ne sont-ils pas rentrés en compte ? va-t-elle réellement bloquer l’évolution professionnelle que tu souhaitais ?
As-tu fait de ton côté, ton mieux pour parvenir à cette promotion ? Si oui, alors tu as fait ce qu’il fallait, et la Nature Universelle, dans son dessein commun en a voulu autrement.
Car une opportunité peut-être encore meilleure se présentera, et ce qui te semblait être un revers aujourd’hui, te paraitra comme une bénédiction demain. Si tu es un homme vertueux, la Raison universelle œuvreras en ce sens.
Vois-tu {{username}}, trop souvent notre jugement fausse la réalité en la parant d’un filtre déformant.
Tente de contrer ce phénomène.
Suspend ton jugement.
Prends de la hauteur.
Considère l’évènement dans son ensemble. Dissèque-le au regard de ta vie en général, et tu constateras certainement que cet évènement n’influera pas sur ton bonheur demain ; d’ailleurs, demain n’existe pas encore.
Oui tu peux être triste un instant,
mais, laisse cette tristesse s’estomper à son rythme,
premièrement, car ce qui vient de se passer ne dépend pas de toi, et
deuxièmement, parce qu’objectivement, il n’est peut-être pas si mauvais, et
troisièmement, il en est ainsi par la volonté du destin.
Du subjectif, passe à l’objectif.
Ce pourrait être une autre façon de définir ce qu'est véritablement le stoïcisme.
Pour conclure, {{username}}, la discipline du jugement est le fondement d'une vie stoïcienne. Elle t’enseigne à distinguer les événements des récits que tu construis autour d’eux. En suspendant tes interprétations initiales, tu gagnes la clarté nécessaire pour voir les événements tels qu’ils sont réellement : des occurrences neutres façonnées par la nature universelle, et non par tes préférences subjectives.
Cette pratique ne consiste pas à réprimer tes émotions, mais à comprendre leur origine et à questionner leur validité. Quand tu retires le « je suis blessé » d’un événement, tu élimines l’histoire erronée qui amplifie ta souffrance. Un jugement laissé sans contrôle déforme la réalité ; mais un jugement discipliné et aligné avec la raison te permet de naviguer dans la vie avec stabilité et force.
Réfléchis à ce principe dans ta vie quotidienne. Avant de réagir à une situation, fais une pause. Examine ton interprétation. Demande-toi si ton jugement te sert ou s’il alimente une détresse inutile. Voilà l’essence de la discipline du jugement, et c’est une compétence qui façonnera non seulement ta perception du monde, mais aussi la manière dont tu y vis.


