Le stoïcisme agit sur nous comme un guide. Un guide pour vivre mieux.
C’est une école de la vie pour devenir intérieurement, si tu en fais le choix, philosophe.
Dans sa plus pure essence, la philosophie consiste à « garder le dieu intérieur [ton esprit] exempt de tout souillure ou dommage ». Dans les mots de Marc Aurèle :
« Qu’est-ce
donc qui peut te faire escorte pour te protéger ce cette vie ?
Une seule et unique chose,
la philosophie.
Elle consiste à garder le dieu intérieur exempt de souillure et de
dommages. » 1
Tu te rappelles
peut-être que j’ai terminé le dernier article par :
Mais,
il y a un mais.
Ce mais : c’est celui-là : mais le stoïcisme n’est pas une checklist. Sous l’apparente simplicité que tu découvriras, se cache un système théorique puissant qui sous-tend cette simplicité. Les deux ne sont que les deux faces d’une même pièce.
Il est facile de s’en tenir à des phrases chocs comme :
« Ce qui
dépend de moi / ce qui n’en dépend pas »,
« Ne te laisse pas troubler par les choses »,
« Vis en accord avec la nature »…
Ces formules sont
belles, claires, percutantes, mais si elles ne reposent sur rien de solide,
elles deviennent des mantras vides, des citations Instagram de compte de
développement personnel, une forme d’esthétique mentale ;
or je sais que ce n’est pas ce que tu es venu chercher ;
or le stoïcisme n’est pas là pour décorer ta pensée, mais il est là pour la
réorganiser. Et cela demande un peu plus que des phrases. Cela demande de
comprendre le socle invisible sur lequel elles reposent. Sans cette
assimilation en profondeur, on risque de glisser vers une version trop
pratico-pratique de cet enseignement millénaire. Un stoïcisme vidé de sa
richesse, avalé à toute vitesse, qui finirait par ressembler à un programme de
développement personnel vaguement validé par quelques citations d’un empereur
romain.
Ce programme ne va pas t’imposer des démonstrations théoriques complexes mais va t’initier à la structure profonde de cette philosophie : à sa logique, à ses principes fondateurs, qui, inévitablement, s’enracine dans une certaine vision du monde. Cette vision, c’est la métaphysique stoïcienne 3, et sans cette vision du monde, tu ne pourras pas pratiquer sérieusement, tu n’auras que des réflexes déconnectés, et non une disposition intérieure construite.
Et c’est cela que je
veux t’offrir ici :
une façon de t’entraîner,
une façon de penser,
une façon d’être.
Tu l’as compris, mon but n’est pas de te préparer à donner une conférence sur
la sagesse des Anciens. Je ne cherche pas à faire de toi un expert en citations
latines ou en doctrines philosophiques. Ce que je veux, c’est plus simple — et,
je crois, plus ambitieux : je veux que tu gagnes en sérénité. Et pour ça, je te
présente le stoïcisme dans son ensemble, dans sa cohérence profonde. Parce que,
comme toute chose précieuse en ce monde, qui porte en elle puissance et
direction, le stoïcisme ne repose pas seulement sur quelques principes simples
à appliquer. Derrière cette façade, il y a des fondations. Une vision du monde.
Une éthique exigeante. Une métaphysique même, qui donne sens à tout l’édifice.
Et c’est en construisant là-dessus que tu trouveras, pas à pas, une vraie force
intérieure.
Et c’est là qu’il y
un mais :
Tout ce que je viens de te dire se retrouve dans le verbe de la dernière phrase
« construire », et la construction exige du temps, de la patience, de
la méthode,
Alors, cette
construction-là, comment allons-nous nous y atteler ?
Comment toi et moi, ensemble, allons va œuvrer pour ce que Marc Aurèle désignait
par « garder son esprit exempt de toute souillure ou dommage » ?
Ce programme « Deviens Stoïcien » se veut être un manuel à portée de main. Un guide auquel tu pourras revenir quand le besoin ou l’envie s’en fait sentir. Sa vocation est inspirée de celle du Manuel d’Epictète, qui se voulait être un ouvrage portatif à destination de l’apprenti-philosophe. 2
Tu trouveras dans ce
programme quatre-vingts cours, composés
1/ de textes comme celui-ci qui expliqueront le système stoïcien.
2/ et d’exercices associés, méditations et reformulations, des quizz, des
apprentissages clés qui te seront proposés per intervalles
Des textes ET des
exercices,
car il te faudra si tu le veux bien fournir un effort également :
un effort pour enraciner ces enseignements,
un effort pour développer cet état d’esprit stoïcien.
Tout comme tu ne peux devenir le meilleur danseur de la soirée sans avoir dansé dans l’ombre encore et encore des années durant, tu ne peux pratiquer la philosophie, et quand je dis pratiquer la philosophie, je veux dire changer réellement ta perspective sur les choses, sans t’exercer sincèrement. La transformation intérieure, comme la danse, ne vient pas d’un seul mouvement bien placé, mais d’une pratique patiente, discrète, obstinée.
La lecture seule de mes textes ne se suffira probablement pas à elle-même {{username}}.
Ces écrits te serviront de base d’apprentissage pour appréhender les concepts de la doctrine stoïcienne ; mais ce n’est là qu’une partie du chemin. L’autre partie c’est l’expérimentation, la pratique ; au travers des exercices : reformulations, méditations et réflexions …
— Des exercices ? Pourquoi ces exercices ? Est-ce vraiment nécessaire ? ... pourrais-tu te dire.
Tu fais comme tu le sens {{username}}. Tu peux tout aussi bien suivre le programme entier sans faire aucun exercice. Soit libre. Fais-le à ta façon. Pas de soucis.
Mais je te précise juste cela : ces exercices entraînent ton mental. Ils modifient, en douceur, ta manière de penser, ton regard sur le monde. Lire, c’est bien. C’est même très bien. D’ailleurs, sur mmmarcus, tu trouveras mes textes, mais aussi ceux des maîtres : Sénèque, Épictète, Marc Aurèle… Mais lire ne suffit pas toujours. Parce que lire n’est pas encore vivre. Pour vraiment entraîner ton esprit, il faudra aller plus loin. Méditer. Réfléchir. T’arrêter. Revenir. Et pratiquer ces fameux « exercices spirituels », des pratiques simples en apparence, mais profondes, conçues pour t’aider à transformer ce que tu es, pas seulement ce que tu sais.
Ces exercices ont une fonction : celle de modifier ta pensée.
— Modifier sa pensée ? … C’est quoi le truc ?... pourrais-tu me demander.
Le truc est
scientifique, et nous visons à une époque suffisamment avancée pour ne plus
devoir croire ça sur parole : on en a la preuve :
le cerveau évolue.
La pensée s’entraine, se cultive.
Plus tu travailles à ton bonheur, plus ton cerveau se change. Littéralement. Au
fur et à mesure de la pratique, de l’apprentissage, avec l’effort conscient, de
nouvelles connections neuronales se forment, se renforcent, ou se réorganisent.
Ce processus, on l’appelle la plasticité neuronale, ou la neuroplasticité 4
si tu veux sortir un mot savant entre le fromage et le dessert.
Ainsi tes schémas mentaux se remodèlent sans cesse – ton cerveau s’adapte, et tu peux parvenir naturellement à éduquer ton esprit, si tu t’y exerces.
Pierre Hadot, dans son ouvrage de référence nous dit à propos du contenu des Pensées :
« De tels
exercices d’écriture [les Pensées de Marc Aurèle] conduisent nécessairement à
des répétitions inlassables. C’est ce qui différencie radicalement les Pensées
de tout autre ouvrage.
Les dogmes ne sont pas des règles mathématiques reçues une fois pour toute et
appliquées mécaniquement. Ils doivent devenir en quelque sorte des prises de
conscience,
des intuitions,
des émotions,
des expériences morales qui ont l’intensité d’une expérience mystique, d’une
vision.
Mais cette intensité spirituelle et affective se dissipe très vite. Pour la
réveiller, il ne suffit pas de relire ce qui a déjà été écrit […] ce qui
compte, c’est de formuler à nouveau […] » 5
Marc Aurèle, dans ses Pensées, reformule ses dogmes chapitre après chapitre. Il utilise des formules brèves, incisives, qui servent d’« inducteurs » : des phrases conçues pour réactiver, par associations d’idées 6, les règles de vie qu’il s’est engagé à suivre. Ces rappels, comme des balises mentales, l’aident à les ancrer profondément en lui, jusqu’à ce qu’elles deviennent naturelles.
Si tu t’appliques à intérioriser les lectures que je vais te proposer dans ce programme, en prenant le soin de t’imprégner des idées qui seront formulées tantôt d’une façon, tantôt d’une autre ; si tu prends le temps de reformuler dans tes mots ce qui t’a marqué, si tu prends le temps de méditer ici et là, quelques fois par semaines, même pour quelques minutes seulement, alors tu modifieras de façon perceptible ton mental, pour que se dessine en toi, chaque jour un peu plus, en une personne un peu plus sage.
Tu vas comprendre
rapidement dans les leçons qui suivent :
les enseignements stoïques se concentrent dans quelques idées extrêmement
simples et puissantes.
Simples et
puissantes,
et pourtant,
si difficiles à mettre en œuvre.
C’est pour cela que j’ai pris le temps aujourd’hui de te parler du sujet de l’apprentissage.
Répétons-le :
le but sera
de modifier
pour le mieux
ton discours intérieur ;
d’assimiler les idées qui forment le cœur de l’enseignement stoïcien, grâce aux mots, et à la répétition des idées sous différentes formes. Les stoïciens utilisent une « thérapeutique par les mots » qui vise à réorienter sa disposition mentale : celle d’accepter le changement, de ne pas se torturer pour des choses sur lesquelles tu n’as pas de pouvoir, de vivre de façon juste et honnête, envers les autres, envers soi-même.

