Tu marches dans la rue, perdu dans tes pensées, et soudain, tu vois un mec étrange arriver au loin, et ça ne manque pas, ce gars, éméché, à envie de faire c*ier le monde. Alors qu’il passe à côté de toi, il te lâche un « connard. »
L’attaque gratuite,
injustifiée.
Alors, que fais-tu ?
Tu pourrais réagir. Riposter, te lancer dans un affront, bomber le torse et faire une tête de méchant, ou bien te faire tout petit, changer de trottoir et y cogiter pendant des heures. Surtout y cogiter pendant des heures, et bien ce que la plupart des gens font. Parce qu’ils croient, au fond, que l’insulte dit quelque chose d’eux. Qu’elle les définit, qu’elle les réduit à ces quelques mots crachés dans l’air.
Mais imagine une autre
réaction.
Imagine que tu écoutes… et que tu n’entendes rien. Non pas par surdité ou
lâcheté, mais par sagesse. Comme si ces mots rebondissaient sur toi, un genre
d’armure invisible que tu aurais construits au fil du temps. Parce que c’est
exactement ce que sont ces mots : du vent. Une simple vibration de l’air, sans
la moindre importance, à moins que tu ne leur en donnes.
Sénèque de son temps l’avait bien compris (bien sûr) :
« Le sage ne sera touché des insultes de qui que ce soit ; car en vain les hommes diffèrent tous entre eux, il les estime tous pareils en ce que leur folie est égale. S’il s’abaissait jusqu’à prendre à cœur une injure, ou grave ou légère, jouirait-il jamais de la sécurité qui est le propre, le trésor du sage ? Il se gardera de tirer vengeance d’une insulte : ce serait en honorer l’auteur. Car s’il existe un homme dont le mépris nous pèse, nécessairement son estime nous flatte. » 1
Le sage ne sera touché des insultes de qui que ce soit parce qu’il sait que ceux qui insultent sont prisonniers de leurs propres illusions. Ils s’agitent, s’échauffent, se débattent dans leur propre chaos intérieur. Pourquoi leur donnerais-tu les clés de ta paix ?
Ne réponds pas.
Ne rends pas la pareille.
Ne rumine pas.
Car ce serait admettre que leur opinion compte. Or, si le mépris de l’autre te
pèse, alors leur estime te flattera aussi, et tu en deviendras dépendant,
dépendant des autres
La vraie liberté ?
C’est celle d’être indifférent quand tu le choisis, par la conscience
tranquille de celui qui sait que les mots des autres n’ont d’importance que
celle qu’il leur donne.
Alors, la prochaine fois qu’une insulte vient tenter de rompre ta paix, pose-toi cette question : cela vaut-il vraiment que j’y consacre de l’importance ?
Et décide.
