
Regarder au-delà des critiques révèle une vérité simple : les autres projettent leurs propres tourments ; et ta paix commence quand tu refuses de prendre leur chaos pour toi.
Quand quelqu’un te critique, t’insulte ou te rejette, que se passe-t-il en réalité ? Rien d’autre que l’expression de son propre monde intérieur. Ces paroles ne sont qu’un reflet de ses peurs, de ses frustrations, de ses désirs inassouvis.
Je t’ai déjà partagé ces pensées dans de nombreux articles, mais ce que j’aime ici particulièrement dans ces mots de Marc Aurèle qui vont suivre, c’est l’appel qu’il se fait à lui-même que d’être bienveillant, un appel qu’il se formule à lui-même de regarder au-delà des mots, de pénétrer dans leur âme, d’observer leur nature, et qu’il y verra, bien souvent, il n’y a là ni sagesse ni véritable connaissance de soi, simplement l’écho de leurs propres tourments. Et se demande tout en y apportant la réponse : pourquoi s’inquiéter de l’avis de quelqu’un qui, lui-même, peine à comprendre son propre être ?
« Si les gens te critiquent, s’ils te détestent, s’ils
t’accablent de leurs clameurs et de leurs outrages, va droit à leurs âmes,
pénètres-y et regarde ce qu’ils sont. Tu verras bien vite que tu n’as guère à
te tourmenter de l’opinion que de telles gens peuvent avoir de toi.
Il faut néanmoins conserver ta bienveillance envers eux ; car la nature veut
que vous vous aimiez. Les Dieux mêmes leur viennent en aide de cent manières
par les songes, et par la divination, afin qu’ils acquièrent précisément tout
ce qui fait l’objet de leurs vœux. » 1
Marc Aurèle nous invite à faire : ne pas absorber la fureur des autres comme si elle nous appartenait, mais la voir pour ce qu’elle est—une projection de leur propre chaos intérieur. Cette idée trouve un écho profond dans les recherches modernes sur le biais d’attribution 2. Lorsqu’un individu agit avec hostilité, il y a de fortes chances qu’il ne soit pas en train de réagir à toi, mais à ses propres insécurités. C’est ce que Carl Jung d’ailleurs appelait l’ombre 3 – – cette partie cachée de nous-mêmes que nous projetons sur les autres, incapable de la reconnaître en nous. Quand quelqu’un te méprise, c’est peut-être simplement une part de lui qu’il refuse d’affronter.
Et là où la sagesse de Marc Aurèle prend toute sa puissance,
c’est dans cette idée que malgré tout,
il faut continuer d’aimer.
Pas d’un amour naïf ou soumis,
mais d’une bienveillance lucide,
en rentrant dans une forme d’auto-régulation émotionnelle,
à travers ta propre réinterprétation de la situation :
tu ne vois plus le comportement de l’autre comme de l’hostilité envers toi,
mais comme une faiblesse que l’autre subit, une souffrance qu’il ne gérer, et
qu’il exprime par de l’agressivité.
Ceci dit, un mot de précaution pour finir, cela ne signifie pas tout accepter passivement. Le stoïcisme n’est pas une philosophie de la soumission, mais de la maîtrise. Ce qui compte, c’est de ne pas laisser autrui dicter notre état intérieur.