Nous avons vu en début de cours l’« impulsion originelle » (la volonté bienfaisante de la Nature) et les « conséquences accessoires » (les évènements qui en découlent). Aujourd’hui, je te parle de la « providence particulière ».
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Voici l’idée de la providence particulière résumée en phrase :
Ce qui t’arrive
de bon ou mauvais
t’as été particulièrement destiné.
Les conséquences accessoires sont communes à tous.
La providence particulière est individuelle.
Les Dieux (personnification de la Raison universelle) 1 veulent que certaines choses t’arrivent à toi tout particulièrement, en écho à son impulsion originelle. Cela veut dire qu'une destinée particulière se déroulera selon ce qui est bon pour toi ; que certains évènements te sont particulièrement destinés, et ainsi, que tu dois les accepter, en participant, de manière individuelle au Tout, en accord avec le Tout.
— Tu es donc en train de me dire que le Dieu dont tu parles, cette Raison Universelle, décide tout particulièrement de ce qui va m’arrive ? Je pensais que c’était un programme sur le stoïcisme, pas un programme sur une vision mystique du monde : /
— Oui, la Nature est omnisciente. Elle décide tout.
Si à ce stade de la lecture {{username}}, tu deviens sceptique quand tu lis ces propos qui évoquent en toi une vision (trop) mystique ou même religieuse à certains égards, laisse-moi te suggérer de ne pas te braquer. Voilà même mon conseil – et je risque là de me mettre à dos les plus puristes d’entre nous, mais je prends le risque : tu n’es pas obligé de croire ou d’adhérer entièrement à l’idée d’une nature omnisciente qui déciderait de tout. Tu es libre de tes choix. Tu peux choisir de prendre ce qui résonne en toi dans le stoïcisme et de laisser le reste ; et qui sait, plus tard peut-être, comme moi, ta position changera. Je n’ai jamais vraiment aimé les dogmes, et pense que nous devrions choisir ce en quoi nous voulons croire ; donc si ces croyances te rebutent, laisse-les simplement de côté.
Si cela peut te rassure, par la suite, outre quelques références ici et là, je ne reviendrai pas dessus.
Cette mise au point étant faite : ), je continue l’exposé :
Dans la conceptions stoïcienne,
les milles facettes qui composent **ta** vie,
peuvent être voulues par la providence universelle,
de manière à ce que chacune d’entre elle aura une action positive sur l’univers,
sur le Tout.
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Quelque soient ces milles facettes, le stoïcisme t’incite à voir la beauté de nature en tout et partout, si tant est que tu développes ta sensibilité, et que tu t’appliques à comprendre la Nature :
Voici {{username}} un texte intégral de Marc Aurèle qui illustre précisément cette disposition de l’esprit qu’il s’engage lui-même à cultive dans ses Pensées :
« ll faut remarquer les choses de ce genre :
mêmes les conséquences accessoires des phénomènes naturels ont quelque chose de gracieux et d’attachant.
Par exemple, lorsque le pain est cuit, certaines parties se crevassent à la surface ; et pourtant, ce sont précisément ces fentes qui se forment, et qui semblent avoir échappé aux intentions qui président à la confection du pain, qui nous plaisent et excitent notre appétit d’une manière très particulière. C’est de même encore que les figues se fendent quand elles sont tout à fait à point, et que, dans les olives qui sont mûres, ce goût, qui annonce l’approche de la décomposition, ajoute au fruit une saveur toute particulière. De même encore, les épis penchant vers le sol, le front plissé du lion, l’écume qui file au groin du sanglier, et tant d’autres choses qui, si on les regarde en soi, sont fort loin d’être belles, contribuent néanmoins à donner aux êtres un nouveau charme qui nous ravit.
Concluons donc que, si quelqu’un avait la passion d’étudier les phénomènes de l’univers, et les comprenait plus profondément qu’on ne le fait d’ordinaire, il ne trouverait pas une seule chose, pour ainsi dire, qui n’offrît un agrément spécial dans ses rapports avec l’ensemble, même parmi les phénomènes qui ne sont que des conséquences tout à fait secondaires. S’il considérait à ce point de vue les bêtes les plus féroces, ouvrant leurs gueules toutes béantes, il ne s’y plairait pas moins qu’à ces imitations sorties de la main des peintres et des sculpteurs. Ses regards intelligents ne manqueraient pas de découvrir dans les traits d’une vieille femme ou d’un homme âgé, une grâce et une beauté secrètes, qui rappelleraient les charmes de l’enfance.
Mais tout le monde n’est pas fait pour pénétrer ces mystères ; et ces jouissances sont réservées exclusivement au sage, qui se familiarise avec la nature et avec ses œuvres. » 2
Que nous dit Marc Aurèle ici ?
Que tous les évènements, toutes les créations sont belles puisqu’elles sont le fruit d’une providence particulière que t’a été destinée ; ou d’une conséquence accessoire qui sert un but universel plus grand.
Quand tu vois les choses de cette manière, tu transformes ta perspective : ce qui te paraissait hideux, répugnant ou terrifiant, te paraît maintenant que tu connais la Nature, beau à tes yeux. Tu sais que leur existence même est le fruit de la création du Divin, provenant d’une unique source, dont tu es toi-même issu.
En d’autres termes {{username}},
quand tu possèdes cette compréhension profonde de la logique universelle : celle de la connexion sacrée qui lie // tous // les processus naturels entre eux,
tu es armé tel un sage
pour ressentir la beauté
en tout et partout,
car même les choses les plus repoussantes portent en elles beauté. Etant elles-mêmes une émanation de la Nature Universelle, tu ne peux les voir autrement que belles, au-delà de leur apparence première
C’est cela, la sagesse, accepter les choses pour ce qu’elles sont.
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Plus tard, nous aborderons également l’« amor fati » (l’amour du destin) qui n’est pas très éloigné du thème que nous avons exploré aujourd’hui.

