
Le stoïcisme t’offre un système cohérent et complet qui couvre tous tes besoins, dans lequel rien n’est laissé au hasard.
Avant que je ne t’expose des concepts grecques dans le prochain article, laisse-moi, dans les lignes qui suivent, parcourir un sujet qui me tient à cœur.
Je vais d’ailleurs commencer cet article par une question dont tu vas obtenir la réponse rapidement :
A ton avis,
Qu’est-ce que rend le stoïcisme si puissant ?
Après tout, d’un côté, la philosophie peut être vue comme une discipline abstraite, réservée à la discussion de concepts, parfois détachée du réel ; d’un autre, les pratiques issues des spiritualités orientales, les conseils en hygiène de vie, les recommandations des coachs de développement personnel apportent, à leur façon, leur lot de bons conseils ; et puis enfin il y a les thérapies, de vraies solutions pour les cas de détresse psychologique les plus sérieux.
Alors, dans ce paysage-là, que présente le stoïcisme de différenciant et qu’est-ce qui le rend si fort ?
Le système.
Le stoïcisme t’offre un système cohérent et complet qui couvre tous tes
besoins, dans lequel rien n’est laissé au hasard.
En faisant connaissance avec le stoïcisme 1, j’y ai donc découvert, petit à petit, alors que j’avançais dans ma compréhension, un système. Un système qui dévoilait graduellement toute sa puissance. Alors qu’au début, l’apprenti est séduit par quelques pensées forte et éclairantes éparpillées çà et là, il découvre, comme tu le fais toi-même en ce moment au travers de ce programme, un véritable ensemble philosophique structuré, cohérent, articulé autour d'une façon d’être claire (l’éthique), d'un raisonnement robuste (la logique) et d'une vision du monde profondément interconnectée (la physique). Et à ce moment-là, si ce que tu lis fais écho à ce à quoi tu as envie de croire, la magie opère, tu es emporté, au bon sens bien sûr, dans un véritable système de croyances qui devient ta boussole interne, une boussole solide, qui devient ta meilleure alliée.
Et c’est bon d’avoir une boussole, une seul d’ailleurs, comme ce vieil conseil de navigateur de n’en prendre qu’une seule quand on part naviguer au loin, ou trois, mais jamais deux. Pourquoi ? parce que si tu compares deux boussoles, tu ne sauras jamais laquelle dit vrai, mais si tu en prends qu’une, le doute s’efface. Et si tu en prends plusieurs, alors tu peux jauger, comparer, et te fier à celle qui te parait la plus juste. J’ai choisi pour ma part le stoïcisme comme boussole principale, celle qui me guide au quotidien ; mais quand je tombe sur une idée venue d’ailleurs, en psychologie, en philosophie, ou même dans une conversation de comptoir, je ne la rejette pas d’office. Si elle éclaire mieux ma carte, je l’ajoute au voyage ; ce que je refuse, en revanche, c’est de dériver entre deux directions opposées sans jamais trancher.
Voilà pour l’image. Mais au-delà de cette métaphore, qui m’avait marqué — il faut dire que l’exploration et les grands voyages me fascinent —, un jour, je me suis assis devant mon ordinateur. J’ai commencé à chercher. Je voulais savoir ce que la pensée moderne disait de cette adhésion, parfois même de ce vœu d’allégeance, à un système.
Qu’en dit-elle donc ?
Eh bien la modernité – c’est-à-dire la recherche, nous dit qu’adhérer à un
système de croyance nous fait terriblement du bien.
Qu’il s’agisse d’un cadre philosophique, spirituel ou d’un tout autre système de valeurs profondément intériorisé, un tel système améliore notre bien-être mental. La raison en est, au final, très simple : c’est parce que l’Homme a besoin d’un cadre, de repères pour s’avoir où s’amarrer. Ce que nous offre ce cadre, c’est une grille d’interprétation cohérente pour naviguer face à l’inconnu, aux difficultés qui se présentent inéluctablement. Quand celles-ci surgissent, c’est la solidité des fondations du système qui déterminera comment on va les affronter ; et que ces fondations s’appuient sur des croyances religieuses, des philosophies comme le stoïcisme ou de valeurs personnelles bien ancrées, l’édifice qu’elles offrent crée un sentiment de sens sur notre existence.
Un sentiment de sens. Le mot est parfois employé dans tous les sens justement, mais ce sens, au sens le plus profond, quand nous le comprenons et l’intégrons, nous procure une sensation de maîtrise. Cette maîtrise, c’est précisément ce que notre esprit recherche pour maintenir son équilibre. Si on regarde cela d’un point de vue psychologique, ce qui était donc l’objet de mes recherches, ce besoin repose sur plusieurs mécanismes fondamentaux :
En premier, le besoin de sens justement : en période d’incertitude, de souffrance ou de perte, un système de croyances t’offre une raison d’avancer, une direction qui explique d’une façon, ce que tu traverses, qui explique le pourquoi. Je me rappelle à ce sujet les mots de Viktor Frankl 3 psychiatre et survivant des camps de concentration, il disait quelque chose comme : l’être humain peut survivre à presque tout, à condition d’avoir un pourquoi.
Le deuxième, c’est ce besoin de cohérence cognitive. Ton cerveau déteste le flou, les contradictions, les zones grises où rien ne s’aligne. Il cherche en permanence à mettre de l’ordre, et pour ça, il a besoin d’un cadre stable, d’une grille de lecture. Un système de croyances justement, vient remplir cette fonction : il t’aide à relier les points entre ce que tu ressens, ce que tu observes, et ce que tu décides de faire. Il te permet de comprendre le monde sans repartir de zéro à chaque situation nouvelle.
Enfin, le troisième mécanisme fondamental est le besoin de contrôle perçu : même lorsque tu n’as pas le pouvoir de tout maîtriser, avoir un cadre d’interprétation réduit ton sentiment d’impuissance face aux événements.
Ce n’est pas la simple absence de souffrance qui détermine notre équilibre – ça nous avons commencé à l’aborder dans la partie précédente du programme, mais la capacité à intégrer cette souffrance dans une vision cadrée, logique, du monde tel qu’il se présente à toi lui conférant une direction et une justification. Ce cadre agit comme un système implicite de régulation émotionnelle 4. En termes simples, cela signifie que plutôt que d’avoir à réinventer constamment notre manière de réagir face à l’adversité, ce système implicite, donc inconscient, t’offre des schémas interprétatifs prédéfinis, des récits internes qui vont t’aider à amortir le choc des choses qui ne se passent pour comme tu l’aurais souhaité. Ta charge cognitive ainsi allégée, ton anxiété liée à l’indécision réduit mécaniquement, et te permet une réponse naturelle plus stable et plus cohérente. Ce qui est intéressant, c’est que les recherches en neurosciences vont plus loin : elles nous montrent que tout ça active des circuits cérébraux spécifiques liés à la régulation des émotions. En d’autres termes, le changement n’est pas une vue de l’esprit ou une jolie idée qui vient renforcer mon idée de transformations de toi, telle que j’ai pu t’en parler au début de ce programme, mais bien qu’une vraie modification de ta structure mentale, un nouveau codage biologique en quelques sorte, opère. C’est cette structure refaçonnée de ton cerveau qui guide tes comportements à un niveau profond et fondamental.
Donc,
plus ce système est intégré, c’est-à-dire profondément et réellement compris,
vécu, expérimenté,
plus il est efficace.
Ce n’est pas la simple connaissance intellectuelle de quelques principes qui
fait la différence, mais leur internalisation, leur résonance vécue au jour le
jour.
Je crois que c’est peut-être pour ça que le stoïcisme s’est imposé à moi aussi naturellement. Parce que, quelque part, j’ai toujours su, même sans pouvoir le formuler clairement, que le fait d’adhérer à l’idée d’une Raison universelle, d’une Nature immanente, d’une forme de panthéisme, m’aidait à donner du sens aux événements qui ont traversé ma vie. Et surtout, à ajuster mes comportements dans le monde réel, en accord avec les enseignements plus concrets du stoïcisme. Cette vision du tout, ce cadre invisible mais structurant, m’a toujours paru juste, et étrangement familier.
Ce sont les événements de ma vie, de ta vie, qui ont sculpté la personne que je suis, que tu es. Qui donnent une forme de légitimité à mon existence, à la tienne. Telle qu’elle est. Sans masque, sans jugement. Juste dans l’acceptation. Totale. Même si, parfois, il m’arrive de douter, il t’arrive de douter. Et dans ces instants suspendus, je me rappelle ce qu’on vient de se dire, tu te le rappelles aussi. Et ça me redonne de la force, ça t’en redonne aussi.
Ce sont les fondations de ce système qui amortissent les
chocs,
qui fournissent un ancrage,
quelque chose de stable dans un monde qui, lui, ne l’est pas ; ce que les
stoïciens de leur temps avaient compris à leur façon,
inventant,
nourrissant,
faisant évoluer le stoïcisme jusqu’à nous,
jusqu’à toi.
Ce chapitre servait d’introduction à cette section 4 du programme : « Stoïcisme : les concepts fondamentaux ». Il ouvre la voie à une série d’articles où tu vas découvrir quelques notions clés, issues du vocabulaire grec d’origine. D’ailleurs, dans le prochain article, je poursuis cette introduction en t’expliquant pourquoi il est essentiel de revenir à ces concepts dans leur forme initiale pour vraiment plonger dans la pensée stoïcienne. Ensuite, nous entrerons ensemble dans le cœur des enseignements.