
Ce n’est pas du fatalisme, c’est du déterminisme.
Tu as peut-être déjà entendu dire, {{username}}, que le stoïcisme serait une forme de fatalisme. Une philosophie froide, désengagée, qui prônerait le renoncement à toute forme de volonté propre. Une invitation au retrait, à la passivité, à l’acceptation pure et simple de tout ce qui arrive, même de l’injustice.
Cet argument, pourtant courant, repose sur une méconnaissance profonde du système stoïcien. Il confond des notions proches en apparence, fatalisme, déterminisme, résignation, acceptation, mais fondamentalement différentes dans leur structure et leur portée.
Le stoïcisme est une philosophie de l’action.
Rien n’est plus étranger au stoïcien que l’abandon ou le désintérêt car son but est de vivre en accord avec la nature, et cela suppose de participer à l’ordre des choses, non de s’en retirer.
Dans l’un des passages les plus célèbre des Pensées, Marc Aurèle rappelle la nécessité de se lever pour agir, même quand l’envie manque :
« Le matin, quand tu as de la peine à te lever, voici la réflexion que tu dois avoir présente à l’esprit : “Je me lève pour faire mon œuvre d’homme ; je vais remplir les devoirs pour lesquels je suis né et j’ai été envoyé en ce monde. Pourquoi donc faire tant de difficultés ? Ai-je été créé pour rester ainsi chaudement sous des couvertures ? ”
— Mais cela me fait plus de plaisir !
— Es-tu donc né pour le plaisir uniquement ? N’est-ce pas au contraire pour toujours travailler et toujours agir ? Ne vois-tu pas que les plantes, les oiseaux, les fourmis, les araignées, les abeilles concourent, chacune dans leur ordre, à l’ordre universel ? » 1
Le stoïcisme nous engage donc à prendre part à cet ordre, à exercer nos fonctions humaines — et à le faire en toute lucidité, en tenant compte des limites, des obstacles, des échecs possibles. Ce n’est pas de la résignation : c’est de la clarté. La clause de réserve 2 bien connue des stoïciens, nous enseigne à formuler notre volonté non comme une certitude, mais comme une intention conditionnée par les limites du monde.
Parce qu’on confond souvent l’acceptation stoïcienne avec la résignation. Or les deux attitudes sont presque opposées.
La résignation, c’est l’abdication. C’est l’acte de celui qui ne cherche plus. Qui considère que tout est joué, et qu’il n’a plus rien à faire ni à dire. C’est une réponse de repli.
Fataliste est l’Homme qui croit que son destin est préétabli et que lui échappe toute volonté propre ; que tout a été écrit par avance par une volonté supérieure.
Au contraire, le stoïcisme est déterministe, notion que nous allons étudier en détail dans les deux prochains textes.
Le fatalisme suppose que tout est écrit d’avance, indépendamment de toute cause intermédiaire. Que, quoi que l’on fasse, le résultat sera le même. Ce n’est pas la position stoïcienne. Les stoïciens sont déterministes : ils considèrent que tout ce qui arrive découle d’une chaîne causale. Cela inclut aussi les décisions humaines. Il n’y a pas un avenir fixé par avance malgré nos actions, mais un avenir qui intègre nos actions comme causes parmi d’autres. Tu le vois donc, {{username}} :
le stoïcisme ne nous dit pas de baisser les bras. Il nous dit : regarde lucidement, juge sereinement, agis raisonnablement. Ce n’est ni du fatalisme, ni de la résignation. C’est un engagement exigeant, celui d’accomplir, dans les limites qui sont tiennes, tout ce que tu peux faire.
Et de le faire bien.