
N'a-t-on pas déjà une chance merveilleuse ?
Pense à une personne quelconque. Représente-toi-cette personne.
Cette personne-là, quelconque, ne se plaint-elle pas ? Ne critique-t-elle pas ? Ne gaspille-t-elle pas l’instant présent à déplorer sa condition ?
Maintenant, pense à quelqu’un de non-ordinaire, que tu admires.
Quelqu’un de plutôt heureux.
Représente-toi cette personne.
Comment l’imagines-tu ?
…
…
…
Je sais.
une personne qui laisse deviner quelque chose d’imperturbable quand on la croise. Comme si son mental, d’acier serait constitué. A aucun moment elle ne se plaint. A aucun moment elle ne regrette le passé. Quand tu parles avec elle, son discours est tourné vers l’avenir. Ses pensées, claires. Son jugement, dépassionné. Elle interprète de façon juste les évènements qui se présentent à elle. Elle a appris des revers que la vie lui a réservé.
Veux-tu, toi aussi, te sentir remarquable ? Pas pour les autres, mais juste pour toi, pour ton estime personnelle ? Selon Nietzche, nous aspirons tous à cette « volonté de puissance », cela est inscrit malgré nous dans notre chair 1. La première des choses pour te sentir fort, est de ne pas te plaindre et d’accepter la condition qui est la tienne.
Et si l’envie te venait de n’avoir plus besoin de te sentir « remarquable » ?
désirant juste vivre « normalement » ?
Alors aies en tête que ne pas te plaindre, c’est refuser de laisser ton esprit à la tristesse. Et c’est là déjà une formidable étape, tu le sais désormais, rappelles-toi ces écrits précédents sur la discipline du désir. Tout comme tu le sais aussi désormais : qu’une chose n’est pas intrinsèquement mauvaise : c’est ta subjectivité qui lui attribue ce caractère mauvais.
Je viens d’évoquer deux raisons donc pour lesquelles tu ne dois pas te plaindre :
Les personnes remarquables ne se plaignent pas
Ne pas se plaindre, c’est préserver ton bien-être
Et voici un troisième :
Tu as le devoir de relativiser, pour être juste, envers toi-même, et envers les autres :
C’est vrai, pendant que tu te débats entre les trains annulés, la vie chère et l’impossibilité de trouver un rendez-vous chez un généraliste, d’autres savourent des petits fours accompagnés d’une coupe de Champagne au Four Seasons.
Mais,
permets-moi de te le rappeler :
ton sort n’est très certainement pas aussi triste que celui de centaines de milliers de migrants qui meurent chaque année sur les routes de l’espoir, ni des millions d’enfants qui, sortant de chez le médecin, comprennent que désormais, ils devront vivre avec cette maladie incurable jusqu’à leur mort ; la mort justement, qui a frappé à la porte d’un collègue de travail, décédé soudainement d’une crise cardiaque après un foot entre amis un samedi après-midi.
Tu sais tout ça et choisis délibérément de l’occulter
Comme moi. Comme cet anonyme assis à côté de toi. Comme tout le monde.
Tu préfères laisser de côté ces pensées, qui peuvent te culpabiliser, mais c’est bien là leur fonction, pour que ta perception change.
Quelle chance merveilleuse as-tu d’avoir déjà ce que dont tu jouis déjà. De pouvoir respirer, de manger à ta faim, d’avoir l’assurance de dormir sous un toit ce soir.
Tu préfères oublier et te dire que les choses dont tu jouis sont « normales » ; presque, elles te seraient dues. Mais ce que tu considères toi comme une normalité, c’est une chimère lointaine et hors de portée pour des milliards de personne sur Terre. Au moment où tu lis ces lignes, un être humain s’est nourri de pommes de terre bouillies hier soir avant de dormir dans un sac de couchage à même le sol au milieu de quinze autres personnes, sans intimité, sans amour, sans projet, sans avenir. Un autre a enterré son partenaire mort au combat, le corps criblés de balles.
Relativise.
Le monde est parfois triste, et toi, tu es né du bon côté des choses. Dans un pays riche. Tes parents t’ont offert une éducation, tu es allé à l’école. Quand tu as eu besoin de te faire soigner, tu es naturellement allé voir un médecin à quelques pas de chez toi – et tu n’as d’ailleurs même pas eu à payer. Et le plus beau : tu peux te permettre d’avoir des rêves.
Désire un peu moins et contente toi un peu plus de ce que tu as déjà.
Ainsi, tel un sage assis en haut d’une montagne, tu comprendras, rationnellement, qu’au regard de bon nombre de tes frères sur Terre, te plaindre n’est d’une part, pas intellectuellement correct, mais n’est surtout, pas humainement juste.
Ce discours peut te culpabiliser {{username}}, mais encore un fois, c’est sa fonction.
Mais avant tout, c’est un discours pour te dire que – si le moindre doute venait brouiller tes pensées, tu as tout pour être heureux et te contenter de ce qui est ; car le plus souvent, ton souci n’est que bénin et le plus souvent, succinct.
Ne te plains pas.