
Réfléchir à la frugalité de la vie et en extraire la vanité.
La mort est un sujet récurrent chez les stoïciens, qu’ils abordent de façon décomplexée.
Se rappeler que tu vas mourir, ce n’est pas sombrer dans le pessimisme. Ce n’est pas devenir sombre, ni perdre goût à la vie. C’est exactement l’inverse.
Se rappeler que tu vas mourir, c’est redonner à ta vie tout son relief, toute sa densité. Ce que tu croyais banal devient précieux. Ce que tu faisais machinalement redevient vivant. Tu n’avances plus en somnambule, tu marches, éveillé, dans l’instant présent. Avec sérieux, avec élan, avec cette énergie unique qu’on trouve quand on se sait mortel.
Se rappeler que tu vas mourir, c’est aussi faire acte d’humilité.
Dans la Rome antique, lors des grandes parades célébrant la victoire d’un général, une tradition voulait qu’un esclave marche derrière lui, au cœur de l’euphorie, pour lui murmurer à l’oreille : « Memento mori. » : Souviens-toi que tu vas mourir. Tandis que la foule acclame, que les lauriers couvrent les épaules du conquérant, cette voix discrète le ramène à l’essentiel : tu n’es qu’un homme, et ta fin est certaine.
Memento mori, comme les crânes sculptés dans la pierre ou les fresques funéraires de l’architecture romaine, ne sont pas là pour effrayer. Ils sont là pour éclairer, pour t’inviter à réfléchir à la fugacité de la vie, à dépouiller ton esprit de toute vanité, à te rappeler que face à la mort, nous sommes tous sur un pied d’égalité, riches ou pauvres, puissants ou oubliés.
Ta mort est proche. Les stoïciens ne disaient pas cela pas pour se faire peur, mais pour s’éveiller.
Quand tu prends conscience que ta vie est limitée, chaque instant reprend du poids, du sens, de la profondeur.
Sénèque évoque très souvent la brièveté de la vie, et nous rappelle que ta mort est toute proche :
« Aussi faut-il disposer notre âme comme si nous y
touchions à notre fin.
Ne remettons rien au futur, réglons journellement nos comptes avec la vie. […]
Qui sait chaque jour faire de sa vie comme s’il s’agissait du dernier instant, n’est
point à court de temps.
Or de ce manque de temps naissent l’anxiété et la soif d’avenir qui ronge
l’âme. Rien de plus misérable que ce doute : les événements qui
approchent, quelle issue auront-ils ? Combien me reste-t-il de vie, et
quelle sorte de vie ? Voilà ce qui agite de terreurs sans fin l’âme qui ne
se recueillit jamais.
Quel moyen avons-nous d’échapper à ces tourmentes ?
un seul :
ne pas faire de projections sur notre existence, mais la ramener sur elle-même.
Si l’avenir occupe tout mon être, c’est que je ne fais rien du présent.
Si au contraire j’ai fait tout ce que je me devais de faire ; si mon âme
affermie sait qu’entre une journée et un siècle la différence est nulle, elle
regarde d’en haut tout ce qui peut survenir encore d’événements et
de jours, et se rit fort dans sa pensée de la vicissitude (des aléas) des
temps (de la vie). Comment en effet ces chances variables et mobiles (les
incertitudes de la vie) te bouleverseraient-elles, si tu demeures stable en
face de l’instabilité ? » 1
Marc Aurèle de façon plus succincte nous dit :
« La perfection de la conduite consiste à employer chaque jour que nous vivons comme si c’était le dernier, et à n’avoir jamais ni impatience, ni langueur, ni fausseté. » 2
Accepte cette vérité simple : chaque jour, tu t’éloignes un
peu plus de ta naissance.
Chaque jour, tu meurs — doucement, silencieusement.
Alors, habitue-toi à la présence de la mort.
Ne la repousse pas comme une étrangère menaçante.
Fais d’elle une compagne familière,
une présence discrète que tu accueilles sans trembler.
Agis comme si tu la connaissais déjà,
comme si son visage ne t’avait jamais effrayé.
Car dis-moi, {{username}} :
si tu ne redoutes même pas la fin de tout,
qu’est-ce qui pourrait encore vraiment t’atteindre ?