
Être stoïcien, sans vanité, sans prétention.
Tu dois être tolérant.
Être tolérant envers ceux qui ne savent pas.
Mais sans vanité, sans prétention.
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Ce texte même pourrait être prétentieux de ma part, mais il ne l’est pas.
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Que ne savent-ils pas ?
Ce que tu sais désormais aux travers de tes lectures sur le stoïcisme :
ce qui est bien,
et ce qui est mal.
Il est bien d’agir selon les quatre vertus cardinales (la tempérance, le courage, la justice, la prudence), il est bien de ne pas porter trop d’importance aux résultats, il est bien de ne pas être troublés par les choses qui devraient nous être indifférentes, qu’elles soient préférées (le succès, la santé, la richesse, la compagnie) ou non préférées (l’échec, les troubles de la santé, la pauvreté, la solitude)
Et il ne bien de ne pas trop attendre des autres,
parce que les autres, eux, ne savent pas. Ils ignorent la définition du vrai bien et du vrai mal ; car dans la tradition socratique perpétuée par les stoïciens, la vertu est une « science » qui doit être enseignée et apprise avec son âme. C’est un savoir qu’il faut acquérir.
Or,
les gens ne savent pas.
Marc Aurèle, dès le début de ses Pensées se conjure à lui-même de se remémorer :
« Le matin, dès qu’on s’éveille, il faut se prémunir pour la journée en se disant :
Je pourrai bien rencontrer aujourd’hui un fâcheux, un ingrat, un insolent, un fripon, un traître, qui nuit à l’intérêt commun ;
mais si tous ces gens-là sont affligés de tant de vices,
c’est par simple ignorance de ce que c’est que le bien et le mal [et…]je ne puis éprouver ni de la colère ni de la haine contre un membre de la famille à laquelle j’appartiens moi-même. Nous sommes tous faits pour concourir à une œuvre commune, comme dans notre corps y concourent les pieds, les mains, les yeux, les rangées de nos dents en haut et en bas de la mâchoire. Agir les uns contre les autres est donc certainement manquer à l’ordre naturel. Or, c’est agir en ennemi que de se laisser aller à son dépit et à son aversion contre un de ses semblables. » 1
Ce texte de Marc Aurèle dès le début des Pensées, se fait l’écho du maître à penser de l’empereur, Epictète :
« [le sage] sera patient avec ceux qui ne lui ressembleront pas ; il sera doux pour eux, bon, indulgent, comme avec des ignorants, qui s’égarent dans les questions les plus importantes. Il ne sera sévère pour personne, parce qu’il sera pénétré de cette parole de Platon : « C’est toujours malgré elle qu’une âme est sevrée de la vérité. » 2
Quelle est cette vérité ? Celle de la philosophie que tu étudies à cet instant.
Ceux qui t’entourent donc sont ignorants,
mais jamais tu ne les méprises, car au fond d’eux, leur intention est bonne. S’ils font le mal, c’est qu’ils se laissent trompés par l’apparence du bien, mais ils ne cherchent pas le mal pour le mal. 3
Tu te dois donc d’être indulgent à leur égard, et aller plus loin si le cœur t’en dit, c’est-à-dire leur partager ton savoir, ta vision des choses, ta philosophie. C’est ce que Marc Aurèle 4 nous invite à faire.
Mais il s’agit-là d’une action délicate, qui peut être interprétée par l’autre partie comme de la prétention. Si tu le fais, adresse-toi à cette autre partie « sans prétention, sans lui faire sentie que je le supporte, mais avec franchise et bonté » 5. Dans cette section de conclusion du programme, je t’invite à l’humilité quant à ton apprentissage, et il est toujours difficile d’être humble quand l’autre nous perçoit comme un donneur de leçons...