
Et si l’anxiété n’était pas un piège, mais un passage, un vertige qui t’invite à regarder autrement le vide devant toi ?
L’anxiété
n’est pas ton ennemie.
Elle en a pourtant tout l’air, s’insinuant dans la nuit, murmurant des doutes,
déstabilisant ton esprit avec une infinité de « et si… ».
Et si, aujourd’hui, ensemble, toi et moi {{username}}, nous regardions l’anxiété différemment ? Et si nous regardions l’anxiété non pas comme une n’était pas une force de destruction, mais un guide ?
Le philosophe danois Søren Kierkegaard était loin d’être un Stoïcien, mais comme tant de penseurs à travers le temps et les traditions, il s’est confronté aux mêmes défis fondamentaux : comment faire face à l’incertitude, comment affronter la souffrance, et comment cultiver une force intérieure. Son chemin fut celui de la foi existentielle plutôt que de la raison stoïcienne, mais ses réflexions sur l’anxiété résonnent profondément avec la pensée stoïcienne.
Voici ce qu’il dit :
« L’anxiété peut être
comparée au vertige. Celui dont le regard se pose sur l’abîme béant est pris de
vertige. Mais quelle en est la cause ? Elle est autant dans son propre regard
que dans l’abîme lui-même, car supposons qu’il n’ait pas regardé en bas. Ainsi,
l’anxiété est le vertige de la liberté, qui surgit lorsque l’esprit veut
établir la synthèse et que la liberté plonge son regard dans sa propre
possibilité, s’accrochant à la finitude pour se soutenir. […]
En réalité, personne n’a jamais sombré si profondément qu’il ne puisse sombrer
davantage, et il peut y en avoir un ou plusieurs qui aient sombré plus bas
encore. Mais celui qui sombre dans la possibilité — son regard devient flou,
son œil s’embrouille… Celui qui est instruit par la possibilité est exposé à un
danger, non celui de fréquenter de mauvaises compagnies et de s’égarer de mille
façons, comme ceux qui sont instruits par la finitude, mais celui d’une chute,
à savoir, le suicide. Si, au début de son éducation, il interprète mal
l’anxiété, de sorte qu’elle ne le mène pas à la foi mais l’en détourne, alors
il est perdu.
En revanche, celui qui est véritablement instruit [par la possibilité] demeure
avec l’anxiété ; il ne se laisse pas tromper par ses innombrables
falsifications et se souvient fidèlement du passé. Alors, les assauts de
l’anxiété, bien que terrifiants, ne seront pas tels qu’il cherchera à fuir.
Pour lui, l’anxiété devient un esprit serviteur qui, contre sa volonté, le
guide là où il veut aller. » 1
Le texte n’est pas facile
il est vrai.
Kierkegaard parle de ceux qui sombrent, non pas dans le malheur, mais dans la
possibilité. Nous avons ici un cas psychologique très intéressant : un esprit
accablé, non par une souffrance extérieure, mais par l’immensité vertigineuse
de ce qui pourrait être. C’est une forme différente de noyade—non pas dans
l’adversité, mais dans l’infinité des chemins non empruntés, dans les futurs à
la fois redoutés et désirés. C’est la paralysie d’un excès de pensée, le poids
des choix qui semblent se démultiplier à l’infini, s’éloignant toujours plus
comme un labyrinthe sans fin.
L’esprit, détaché de toute certitude, peut errer si loin dans l’inconnu qu’il en perd pied. Le poids des choix infinis, la conscience vertigineuse de tout ce qui pourrait être, ne mènent pas nécessairement à la liberté, mais parfois à la paralysie. Et s’ils sont mal compris, à la détresse. C’est là tout le danger : lorsque la possibilité ne mène pas à la foi, elle en éloigne. Cela me fait d’ailleurs penser à un phénomène bien connu en psychologie : la paralysie d'analyse, qui décrit de façon plus terre à terre le moment où une analyse, une réflexion trop poussée ou une trop intense, peut amener à une situation « paralysée », où aucune action n'a été prise, et par conséquent, aucune solution n'est proposée.
Aussi contre intuitif que
cela puisse paraître, nous devons parfois rester, un moment, aussi longtemps
que nécessaire à vrai dire, avec l’anxiété.
Ne fuis pas.
Ne cherche pas à la taire ou l’assommer par des distractions ou à nier son existence.
Si tu essaies de l’étouffer sous quelque forme de divertissement, le travail ou
même des habitudes d’autodestruction, elle ne fera que battre en retraite
temporairement pour ressurgir plus tard, souvent avec plus de force encore. Être
en vie, en réalité, c’est tenir cette tension entre ce qui est et ce qui
pourrait être. La vie est, par nature, incertaine. Nous sommes toujours pris
entre ce qui existe dans l’instant et ce qui pourrait advenir. Cette
incertitude engendre l’anxiété, mais c’est aussi elle qui donne à la vie son
sens. Si tout était prévisible, il n’y aurait ni défi, ni croissance. Mais si
tu résistes à la tentation de fuir l’anxiété—si tu l’affrontes de face et
apprends à la considérer comme une alliée, alors elle affinera ta lucidité, te
poussera à remettre en question tes valeurs et t’obligera à agir. Et, contre
son propre gré, elle te conduira finalement vers la maîtrise de toi-même.
C’est cela la théorie de Søren Kierkegaard : si tu endures l’anxiété, si tu l’affrontes et si tu la comprends, elle t’oblige à développer résilience et lucidité. Alors, loin de t’affaiblir, elle te rend plus fort.
Le défi n’est pas
d’éliminer la peur,
mais d’avancer malgré elle.
Reste ferme face à l’incertitude.
Fais de l’anxiété une pierre à aiguiser, un outil pour cultiver la clarté et la
résilience.
Et lorsque les tempêtes du doute reviendront ? Laisse-les venir. Elles te traverseront, mais elles ne te briseront pas.