![Illustration de l'article : [Interlude #1]](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fmarcusassetbucket.s3.us-east-1.amazonaws.com%2Fadvice_background_image%2Fad3_50.png&w=3840&q=75)
Ce que tu lis maintenant, peut-être que tu ne le comprendras pleinement que plus tard. Mais ces mots, comme des balises, seront là quand il faudra marcher dans le noir.
À ce stade de notre cheminement, {{username}}, j’ai envie de marquer une pause. Tu sais, comme ces interludes qu’on trouvait parfois au milieu des albums, ces petites bulles sonores, inattendues, qui venaient casser le rythme tout en s’inscrivant parfaitement dans l’ensemble. Un souffle. Une respiration créative qui, loin de briser l’élan, lui donne une autre texture.
De quoi vais-je parler dans cet interlude ?
D’un point qui revient souvent lorsque je parle de mes écrits à mes proches : à qui sont-ils destinés ?
Voilà ma réponse :
Selon ta situation, {{username}}, ces textes auront soit un effet curatif, soit un rôle préventif. Dans le premier cas, la pensée stoïcienne t’apportera de l’apaisement en période difficile. Mais idéalement — comme le rappelaient sans cesse les philosophes — il vaut mieux prévenir. Autrement dit, lire, réfléchir, t’imprégner du stoïcisme avant que la tempête n’éclate, pour être prêt quand elle viendra.
Mais (!)
il y a un autre aspect à ne pas négliger. Comme le résume si bien une phrase de
mon auteur fétiche, Stefan Zweig 1, il faut, d’une certaine manière, avoir
déjà un peu vécu pour vraiment capter la profondeur du message :
« J’ai pu moi-même constater que seules l’expérience et
l’épreuve permettent d’apprécier à leur juste valeur la sagesse et la grandeur
de Montaigne. […] Et même sa sagesse indulgente et tempérée n’éveillait rien en
moi [lors de la première lecture des Essais, Zweig était alors âgé de vingt
ans].
Elle venait trop tôt.
Car à quoi pouvait me servir l’intelligente exhortation de Montaigne à ne pas
faire preuve d’ambition, à ne pas s’engager dans le monde extérieur avec trop
de passion ? Que pourrait signifier son appel apaisant à la tempérance, et à la
tolérance pour un âge impétueux qui refuse qu’on lui ôte ses illusions ou qu’on
le calme, et souhaite juste, de manière inconsciente, voir confortée son
impulsion vitale ?
La jeunesse, par nature, n’a pas envie qu’on lui recommande douceur et
scepticisme.
Le moindre doute se transforme en frein, elle a besoin de foi et d’idéaux, pour
donner libre cours à son élan intérieur. Et, pourvu qu’elle y trouve un
aiguillon, elle préférera la chimère la plus absurde, la plus extrême, à une sagesse
sublime qui amoindrit sa volonté. » 1
De la même façon,
avec toute la modestie qui s’impose, je ne suis ni Zweig, ni Montaigne, je
constate tout de même que ceux avec qui résonnent le plus profondément avec les
idées stoïciennes, philosophiques ou spirituelles, sont souvent ces lecteurs
qui ont déjà quelques années de vie derrière eux, un peu de vécu. Assez, en
tout cas, pour comprendre et accepter qu’un peu d’aide à bien vivre ne fait pas
mal. Qu’il n’y a aucune honte à chercher du sens, du réconfort ou de la clarté
dans les textes, qu’ils viennent du rayon développement personnel, d’une vidéo
Youtube vue à minuit ou d’un vieux passage d’Épictète sur une app.
Mais ce serait réducteur de s’arrêter là,
Parce qu’aussi vrai que cela soit — que l’épreuve donne du relief aux mots, que
l’expérience creuse en nous des galeries où la sagesse peut mieux s’enraciner, il
n’y a pas besoin d’avoir traversé mille tempêtes pour que ces idées fassent
leur chemin.
Même si tu as vingt ans, même si la vie ne t’a pas encore
cabossé, ça marche aussi. Parce que le stoïcisme n’est pas réservé aux cœurs
brisés ou aux âmes fatiguées.
C’est une manière d’habiter le monde.
Une posture,
une présence.
Et parfois, entendre ces mots tôt, les laisser infuser doucement, c’est encore
plus puissant. Tu y vois plus clair, plus tôt, et au lieu de réparer, tu
t’équipes. Pour marcher droit le moment venu, quand tout te poussera de
travers.
Alors oui, peut-être que certaines phrases prendront tout leur sens plus tard. Mais entre-temps, elles seront là, comme des balises plantées sur le chemin. Et c’est déjà énorme.