
Nous ne sommes pas libres parce que nous contrôlons les choses. Nous sommes libres parce que nous sommes consentants.
Il y a un passage d’Épictète qui m’a particulièrement marqué. Je te le partagerai un peu plus loin, mais avant ça, laisse-moi poser cette idée-là, simple en apparence, mais presque renversante quand on l'accueille vraiment :
La liberté, la vraie, intérieure, c’est vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent.
Pas les tolérer du bout des lèvres. Pas s’y résigner en traînant les pieds, mais les vouloir ces choses-là, les embrasser, les aimer ; comme si chaque événement, même celui qui dérange, blesse ou interrompt, faisait exactement partie du dessin qu’il fallait.
Si on le lit autrement,
acceptation, et plus encore aimer, vouloir son destin tel qu’il se présente à
toi = liberté
Cette idée, elle heurte un peu au début n’est-ce pas ? Tu as dû apprendre que la liberté, c’est le choix, la maîtrise, le pouvoir de faire ce qu’on veut, quand on veut. Alors comment peut-on dire qu’on est libre quand on ne choisit pas les coups durs, les séparations, les imprévus ?
Là où la vision stoïcienne est radicale, c’est qu’elle est en opposition complète avec ce que l’on a pu te dire ou inscrire dans ta tête depuis des années : on n’est pas libre par ce qu’on contrôle… on est libre par ce qu’on consent.
Mais alors, il faut
ne rien faire et laisser venir ? pourrais-tu me retorquer, et continuer :
Si je veux être en bonne santé, ne dois-je pas tout simplement prendre soin
de moi, faire du sport, m’alimenter correctement ? Et si je veux être plus
à l’aise financièrement, ne dois-je pas travailler ardemment, lancer des
projets, avoir des ambitions ?
Tu engages là un très
vieux malentendu avec le stoïcisme, que nous aborderons plus en détails un peu plus tard ; mais
rapidement, ce que je peux te dire à cet instant, c’est que oui tu as ton rôle
à jouer, oui tu dois être acteur de ta vie, mais que dans la vision stoïcienne
du monde, il te faut toujours avoir à l’esprit que tes actions s’intègrent dans
une Providence sage plus large que ton individu, une Providence qui a tout
organisé et qui obéi à des lois inexorables – ce que j’ai tenté d’expliquer
dans la section, Le monde dans lequel tu vis, de ce programme .
Ce que je voudrais donc à ce stade, c’est planter une petite graine dans ton
esprit : si tu peux dire « oui » à ce qui t’arrive, même quand tout en toi
voudrait crier « non », alors tu tiens entre tes mains quelque chose d’immense.
Tu es libre non pas parce que tu as échappé à ton destin, mais parce que tu
l’as épousé. Parce que tu n’es plus en guerre contre le réel. Parce que tu te
sens à ta place. Aligné. En paix.
Et ça, ça ressemble furieusement à la une vision revisitée de la liberté.
Je te laisse avec le fragment du texte d’Epictète auquel je faisais allusion au début :
« Ne sais-tu pas que la liberté est une belle et noble
chose ? Or, prétendre que se réalise au hasard ce que nous voulons, cela
risque fort de n’être pas beau, et, mieux encore, d’être ce qu’il y a de plus
laid. […]
je dois ici m’instruire, c’est-à-dire apprendre à vouloir chaque chose comme
elle arrive.
Et comment arrive-t-elle ?
Comme l’a réglé celui qui règle tout. Or, il a réglé que, pour l’harmonie de
l’univers, il y aurait des étés et des hivers, des temps d’abondance et des
temps de disette, des vertus et des vices, et tous les autres contraires.
Il a en plus donné à chacun de nous un corps et des parties de ce corps, avec
des possessions et des compagnons.
Il faut aller aux leçons, avec la pensée de cet ordre, non pour changer l’état
des choses (car cela n’est pas possible et ne nous serait pas utile), mais pour
apprendre, tandis que les choses qui nous entourent sont comme elles sont et
comme il est dans leur nature d’être, à conformer notre propre volonté aux
événements. » 1